Avant l'ouveruture des enchères pour l'obtention des licences de téléphonie mobile de troisième génération (UMTS) en Allemagne, les spécialistes s'accordaient à dire que celles-ci pourraient atteindre la somme de 60 milliards de deutsche Mark (46 milliards de francs). Vendredi dernier, le total des montants offerts pour les douze fréquences disponibles (chaque opérateur doit au minimum en posséder deux) atteignait déjà 63,05 milliards de DM. Pour Swisscom et sa filiale allemande Debitel, qui étaient prêts à débourser plus de 9,7 milliards de marks, la limite supérieure était atteinte. «Sans clients en nombre suffisant, la licence ne justifie pas un pareil investissement», affirmait dans un communiqué le président de Debitel Peter Wagner. Un avis que partage Reto Portmann, analyste à la Banque Sarasin. «Personne ne peut dire si ces dépenses colossales pourront un jour être rentabilisées. La décision de Swisscom est donc judicieuse.» Pour Sven Bucher de la Banque Cantonale de Zurich, «l'opérateur helvétique aurait eu besoin d'au moins dix ans pour amortir cet investissement. Un laps de temps beaucoup trop important car durant cette période les prix risquent de chuter. Sans compter que la technologie va également évoluer.»

La prudence de Swisscom ne signifie toutefois en aucun cas qu'il compte abandonner à ses concurrents le marché allemand de la téléphonie mobile de troisième génération. «Dès que les enchères seront terminées, nous allons entamer des négociations avec un détenteur de licence afin de lui louer des capacités», affirme Jacques Bettex, porte-parole de l'opérateur. Numéro trois de la branche en Allemagne, Debitel, qui ne possède pas de réseau propre mais loue des minutes de communication, ne devrait pas avoir trop de peine à conclure une alliance. «Avec ses 6,5 millions de clients et ses 7000 points de vente, la filiale de Swisscom sera de toute façon un partenaire intéressant pour les grands opérateurs qui devront rentabiliser leurs investissements», affirme Alexandre Pasini. L'analyste de la Banque Lombard Odier estime donc que les chances de s'imposer en Allemagne restent intactes. Plus circonspect Sven Bucher attend la fin des enchères pour se prononcer. «Si les prix continuent à monter à cette vitesse, l'opérateur helvétique devra débourser des sommes trop importantes à ses futurs partenaires», affirme l'analyste.

Fournisseur de services

Une chose est sûre, Swisscom devra de toute façon investir des milliards de francs dans l'infrastructure et les produits UMTS pour rester compétitif. Il faudra en effet concevoir et commercialiser une nouvelle offre de services puisque la téléphonie de troisième génération permet non seulement de transférer du son, mais également des images ainsi que des quantités de données importantes. Du point de vue technique, l'opérateur helvétique semble suffisamment armé. Il a notamment démontré ses compétences en développant les cartes à prépaiement. En matière de contenu, il pourra s'appuyer sur son portail d'accès à Internet Blue Window, mais, «dans ce domaine les alliances seront indispensable pour améliorer l'offre. Une stratégie que Swisscom n'a d'ailleurs pas hésité à mettre en place en Suisse en cédant une partie du capital de Blue Window au groupe TA Média», relève Johannes Borner, analyste à la Banque Pictet.

Pour financer ses investissements importants Swisscom ne pourra, quoi qu'il en soit, pas se contenter de puiser dans ses liquidités. Deux scénarios sont actuellement à l'étude. Le premier prévoit une simple augmentation de capital alors que le second, plus vraisemblable, consiste en un regroupement des secteurs mobiles de l'opérateur suisse et de Debitel, suivi d'une entrée en Bourse. Johannes Borner privilégie la deuxième option «qui permettrait certainement d'engranger plus d'argent». Pour Sven Bucher l'entrée en Bourse est également plus intéressante «car elle accorderait plus de flexibilité pour effectuer des alliances par échange d'actions». Bon nombre de spécialistes considèrent en effet que Swissom et Debitel sont encore trop petits pour s'imposer seuls sur le marché européen.