Les médias aiment relayer une hausse boursière qui suit une annonce de suppressions d’emploi. Michael Sommer, le chef syndicaliste allemand, surfe sur la même vague lorsqu’il déclare au Spiegel: «Les actions montent quand les employés sont virés». Non seulement la recherche académique ne confirme pas le sentiment des médias et les cris d’orfraie des syndicats, mais elle montre au contraire que la bourse pénalise les entreprises qui annoncent des licenciements.

Le travail de recherche le plus récent (1) sur ce thème porte sur l’Allemagne. Il est publié dans la revue spécialisée «Perspektiven der Wirtschaftspolitik», ainsi que nous l’apprend la NZZ . L’abondante législation sur la protection des salariés et la culture allemande diffèrent notablement du modèle anglo-saxon et rendent l’exercice d’autant plus intéressant.

Certains épisodes célèbres ont accru la pression «morale»: la délocalisation de Nokia de Bochum vers la Roumanie et la suppression par la Deutsche Bank de 6400 emplois en février 2005 en même temps que Josef Ackermann, son CEO, relevait à 25% l’objectif de rentabilité des fonds propres. D’autres épisodes connus vont dans l’autre sens: quand BMW supprime 8000 emplois en février 2008, l’action plonge.

L’étude de Neus et Walter est unique par son étendue et sa perspective uniquement allemande. Mais les conclusions sont identiques, quoique dans d’autres proportions, aux Etats-Unis, au Japon, au Royaume Uni et au Canada. Une étude britannique de Hillier (2007) porte sur une longue période, trois ans après les licenciements, et elle indique une baisse de cours moyenne de 7,3%, après ajustement de tous les autres facteurs.

Neus et Walter se penchent sur la période de janvier 1995 à décembre 2006 qui comprend 265 annonces de licenciements. Dans 213 cas, le nombre d’emplois sacrifiés était précisé dans le communiqué, ce qui permet d’indiquer que les emplois supprimés représentaient 7,6% des actifs.

Les chercheurs distinguent deux catégories, les entreprises employant une stratégie active (recherche d’une plus grande efficience) et celles qu’ils qualifient de réactives (réaction à la baisse de la demande). La conclusion: aucune entreprise ne peut provoquer une hausse de l’action à travers des licenciements. Le jour de l’annonce, le cours baisse en moyenne de 0,37%. De leurs côtés, les médias devraient mieux suivre et raconter ce phénomène.

La réaction est nettement négative pour les entreprises «réactives» (-0,76%) que les autres. Toutefois même les sociétés actives ne provoquent pas de hausse de cours avec l’annonce de licenciements. Les auteurs expliquent que les coûts associés aux licenciements sont élevés et ne permettent pas à la bourse d’escompter des bénéfices futurs plus élevés. La deuxième information porte sur les motifs de licenciement. S’ils indiquent une crise, la réaction boursière sera plus négative.

(1) Kursgewinne durch Entlastungspläne? Erste Ergebnisse aus Deutschland, Werner Neus und Andreas Walter, Universität Tübingen, Perspektiven der Wirtschaftpolitik, 2009