Tel un serpent de mer, le projet de mettre en place un Fonds monétaire européen (FME) revient sur la table. Il serait, à l’image du Fonds monétaire international (FMI), le gendarme de l’économie européenne qui rappellerait les Etats à l’ordre, le pompier qui interviendrait en cas d’incendie ou encore le médecin qui prescrirait des remèdes pour les économies malades.

Cette fois-ci, la proposition est défendue par Jeroen Dijsselbloem, ministre néerlandais des Finances et président de l’Eurogroupe, le club des ministres des Finances de 19 pays de la zone euro. Dans une interview publiée lundi dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, il affirme que le Mécanisme européen de stabilité (MES) – le fonds qui prête aux pays en cas de difficulté, à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande par exemple – devrait être transformé.

La résurgence de ce projet n’est pas un hasard. Depuis plusieurs mois, le FMI est en désaccord avec les Européens sur les solutions à adopter pour résoudre la crise de la dette grecque. Selon lui, sans un programme de désendettement, Athènes aura peu de chance de se redresser. Plusieurs pays, l’Allemagne en premier, refusent d’entrer en matière et insistent sur la poursuite des réformes structurelles profondes.

Position inconfortable de la BCE

«Il serait approprié de transformer le MES à moyen ou à long terme, a déclaré Jeroen Dijsselbloem. Cela impliquerait le démantèlement de la troïka (FMI, Banque centrale européenne (BCE) et Commission européenne) qui supervise les programmes d’aide aux pays en difficulté.» Selon le président de l’Eurogroupe, la position de la BCE au sein de ce groupe est inconfortable et la Commission a, elle, d’autres tâches plus importantes sur lesquelles elle devrait se concentrer.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble a exprimé le même souhait dans une chronique publiée l’an dernier dans le même quotidien. Selon lui, un FME serait plus indiqué pour intervenir en cas de crise au sein de l’Union européenne (UE): «Un mécanisme transparent et prévisible pour la restructuration de la dette souveraine apporterait plus de discipline et renforcerait le principe de la non-annulation de la dette».

Sans application concrète

En 2010 lorsque la crise de la dette grecque a éclaté au grand jour, Bruxelles avait déjà songé à créer le FME qui serait, comme le FMI, le prêteur de dernière instance. Les consultations avaient commencé, mais sans application concrète

Créé après la Seconde guerre mondiale, le Fonds monétaire international avait pour mission d’aider à la reconstruction des économies en Europe. A partir des années 1970-1980, l’institution a recentré ses activités en direction des pays en développement, dont beaucoup étaient surendettés et en état de faillite.

Dès 2007-2008, lorsque certains Etats européens se sont retrouvés dans cette même situation, Bruxelles a appelé le FMI à la rescousse. «Celui-ci avait l’expertise nécessaire pour prescrire des programmes de redressement, y compris les conditions de prêts afin que l’État débiteur puisse un jour rembourser ses créances», explique Gregory Claeys, économiste chez Bruegel, un centre d’études et d’analyses politiques et économiques à Bruxelles.

Par ailleurs, Gregory Claeys doute que le MES qui est, selon lui, une institution technocratique, soit doté d’une légitimité pour jouer au gendarme de l’économie européenne. Il estime que la Commission, démocratique et issue de la majorité parlementaire européenne, est mieux placée pour concevoir, piloter et assurer la surveillance des programmes d’aide.