Après huit mois d'impasse, la recherche d'un nouveau directeur général à la tête de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) montre les premiers signes de dénouement. Le Conseil général de l'OMC s'est réuni brièvement jeudi matin pour examiner deux propositions de partage du mandat entre les deux candidats en lice, l'ancien premier ministre néo-zélandais Mike Moore et le vice-premier ministre thaïlandais Supachai Panitchpakdi. Sans chef depuis près de trois mois, après la fin du mandat de quatre ans de l'ancien directeur général Renato Ruggiero, l'institution pourrait se retrouver avec deux hommes à tour de rôle à sa tête. Le double mandat, se profile en effet comme l'unique moyen viable de débloquer rapidement la situation, qui menace de paralyser le gendarme du commerce international à la veille du lancement d'un nouveau round de négociations multilatérales en novembre à Seattle (Etats-Unis).

L'idée d'un partage du mandat semble recueillir un large écho parmi les 134 délégués, incapables jusqu'à présent d'établir un consensus sur l'un des candidats, selon la règle en vigueur à l'OMC. La séance de jeudi a permis d'exposer les propositions du Bangladesh et de l'Australie, déjà discutées de manière informelle. Elle a été suspendue au bout de vingt minutes, certaines délégations réclamant un délai supplémentaire afin de consulter leurs gouvernements. Les délégués ont cependant fait état d'une «atmosphère positive», contrastant avec l'ambiance envenimée prévalant trois mois auparavant. Une nouvelle réunion devrait être convoquée dans les prochains jours, et certains diplomates évoquent une issue possible dès la fin du mois de juillet.

«Ce n'est pas une solution idéale, mais c'est la seule praticable», a déclaré Iftekhar Ahmed Chowdury, ambassadeur du Bangladesh. Son pays a proposé le partage du mandat en deux termes fixes de trois ans, alors que la proposition australienne se base sur une division en deux du mandat original de quatre ans. Dans les deux cas, les candidats ne pourront pas être réélus et leur mandat ne pourra pas être prolongé. La proposition du Bangladesh semble la plus prometteuse, plusieurs pays membres objectant que des mandats de deux ans risquent d'être trop brefs – le prochain round de négociations, devrait durer trois ans.

La question reste ouverte de savoir lequel des candidats prendra le cas échéant le premier tour, tout comme celle de déterminer la date du tournus. Selon les estimations d'Ali Mchumo, président du conseil général et responsable du processus de sélection, Mike Moore recueillerait l'appui de 80 délégations sur 134, le désignant comme favori. Le candidat thaïlandais, Supachai Panitchpakdi, a annoncé jeudi qu'il était prêt à céder le premier mandat à son adversaire si les délégations en décidaient ainsi, levant un obstacle majeur vers une réussite du plan. «Je suis prêt à me montrer flexible pour débloquer la situation», a déclaré le vice-premier ministre thaïlandais. Il devrait annoncer officiellement aujourd'hui le soutien de la Thaïlande à la proposition de partage des mandats.

La situation actuelle de vide à la tête de l'OMC, si elle ne nuit pas outre mesure au travail quotidien de l'organisation, risque de compromettre les travaux de préparation de la conférence ministérielle de Seattle cet automne. L'OMC aura en effet besoin dès septembre des arbitrages d'un directeur général quand il s'agira de sélectionner les thèmes de discussion de la conférence.

L'OMC prenant toutes ses décisions par consensus, le processus de nomination s'est enrayé devant l'inflexibilité des deux camps à abandonner leur candidat. Mike Moore est soutenu, entre autres, par les Etats-Unis, la France, l'Allemagne et l'Amérique latine, tandis que Supachai Panitchpakdi bénéficie des voix du Japon, de l'Angleterre, de la majeure partie de l'Asie et de bon nombre de pays africains. Chaque camp tient à placer son «poulain» à la tête de l'OMC en vue de l'ouverture du «round du millénaire» en novembre prochain, qui posera les bases d'un nouveau système commercial international. Le partage en deux mandats de trois ans a l'avantage de permettre à un des deux candidats de présider le lancement des négociations durant son mandat et à l'autre de les boucler.

Des trois grandes puissances commerciales, seul le Japon s'est prononcé en faveur du plan, tandis que les Etats-Unis et l'Union européenne ont adopté une position neutre, se déclarant tous deux ouverts à la discussion.