Commerce

L’idée d’un «bon» protectionnisme fait son chemin

La globalisation est remise en cause, mais pas uniquement par Donald Trump avec le prélèvement de nouveaux droits de douane sur les produits chinois. Certains économistes défendent maintenant les mérites de certaines formes de protectionnisme. Distinguer le bon du mauvais protectionnisme? 

«La globalisation, définie comme le processus de convergence à travers les échanges (biens, services, capitaux, personnes) et la technologie, a permis de tripler les richesses mondiales depuis 1990», explique Stéphane Girod, professeur à l’IMD. Mais «des déficits sont apparus ainsi que des fractures sociales, depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001», observe Paul Dembinski, professeur à l’Université de Fribourg. Tout le monde ne profite pas de la globalisation.

A lire aussi: Xi Jinping donne une leçon de mondialisation

Donald Trump a réagi. Il propose de lever des droits de douane sur les importations chinoises et mexicaines. «Celles-ci pourraient baisser de 15% par an les exportations américaines», estime Andrea Brasili, économiste auprès de Pioneer Investments.

Le bon et le mauvais protectionnisme

La globalisation est freinée. «Elle est à la croisée des chemins, mais avant de parler de fin, il faudra attendre plusieurs décennies», indique Stéphane Girod. Longtemps critiqué, le protectionnisme n’est plus perçu aussi négativement qu’auparavant.

A lire aussi: Richard Baldwin: «Inévitablement, la mondialisation va s’accélérer»

«Il y a un bon et un mauvais protectionnisme», argumente Tobias Straumann, professeur d’histoire économique à l’université de Zurich. «On parle de bon protectionnisme lorsque des mesures rendent acceptable la globalisation», nous explique-t-il. «J’approuve par exemple le rejet de traités tels que l’Accord de libre-échange transatlantique (TTIP) et l’Accord de partenariat transpacifique (TPP) parce qu’ils n’apportent guère de croissance, mais s’inscrivent dans un processus antidémocratique. En effet ils contiennent une énorme quantité de réglementations internationales soustraites aux processus démocratiques», ajoute-t-il.

L’Occident doit se protéger

Le bon protectionnisme accepte par exemple, selon Tobias Straumann, que l’«on signale à la Chine son désaccord face au non-respect des règles de l’OMC». «Les exportations chinoises sont en effet fortement subventionnées et le vol de brevets a pris une ampleur incroyable», ajoute-t-il. L’Occident devrait se défendre car la politique chinoise n’a que très peu à voir avec le libre-échange, selon le professeur zurichois. D’ailleurs, à son goût, le commerce mondial est déjà fortement libéralisé. Le supplément de croissance disponible serait relativement modeste.

A lire aussi: L’APEC promet de lutter «contre le protectionnisme»

«Bon ou mauvais, tout dépend de l’objectif», observe Martin Eichler. Sous l’angle économique, les mesures protectionnistes sont négatives pour la prospérité globale, mais positives pour les personnes et entreprises protégées à court terme. Sous l’angle politique, une formule «placebo», qui réduit les craintes, pourrait être jugée «bonne».

Distinguer les niveaux économique et politique

Stéphane Girod estime que certains protectionnismes peuvent être positifs. «Dans certains secteurs, appliquer le libre-échange comme un dogme peut être néfaste. Par exemple, qui assurerait la maintenance de nos écosystèmes et paysages si les agriculteurs suisses venaient à disparaître? Qui remplacerait ces traditions ancestrales qui font partie de notre culture? Qui assurerait un minimum de sécurité alimentaire?» Le professeur ajoute que «le protectionnisme environnemental et social ne doit toutefois pas mettre en danger les gains nets du libre-échange et son processus de création de richesses.» 

A lire aussi: La mondialisation en bleu et blanc

Tibère Adler, directeur romand d’Avenir Suisse, rejette l’idée d’un bon protectionnisme. Il estime que «la direction ne doit pas être changée, celle de l’ouverture aux échanges. La question porte toutefois sur le rythme choisi et les modalités». Le thème doit donc s’inscrire à deux niveaux de discussion, celui des réalités économiques et celui des perceptions politiques.

La sécurité alimentaire

Stéphane Girod estime également qu’il faille intégrer dans le bon protectionnisme «le coût des standards de qualité et de sécurité (hormones et OGM) dont bénéficient tous les citoyens. Ce sont des bénéfices induits qui ne sont jamais pris en compte dans les effets nets du libre-échange». En ce cas, les bénéfices de ce protectionnisme l’emportent sur les gains du libre-échange, à son avis. Un système de subventions aux secteurs qui détiennent cet enjeu culturel et environnemental peut partiellement aussi éviter ce problème (comme la PAC pour l’UE), conclut-il.

A lire aussi: Les «per dants de la globalisation», un raccourci trop aisé pour expliquer la montée des populismes

Publicité