dette

L’idée de mettre la Grèce sous tutelle de la troïka n’est plus un tabou

La zone euro débattait lundi du second plan d’aide de 130 milliards d’euros

Les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis lundi pour finaliser un deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros à la Grèce. Au moment où nous allons mettre sous presse, aucune décision n’était encore prise. Un accord préalable était également attendu entre les créanciers privés et Athènes sur les conditions d’une annulation partielle de la dette. Les négociations se poursuivaient hier soir et selon Josef Ackermann, patron de la Deutsche Bank, un règlement portant sur une remise de 70% pourrait être conclu dans quelques jours. Dans une semaine, les chefs d’Etat de la zone euro se pencheront sur le malade grec. Dans un mois, Athènes devra rembourser 14,5 milliards d’euros de dette arrivant à échéance.

Alors qu’un certain optimisme était de mise avant le début de la réunion d’hier, le ministre des Finances des Pays-Bas Jan Kees de Jager a jeté un froid en proposant une «mise sous tutelle» de la Grèce. «Quand on voit les dérapages des comptes publics, c’est probablement nécessaire», a-t-il fait comprendre. Selon lui, la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) sera plus efficace si elle était basée en permanence à Athènes au lieu de ne s’y rendre qu’occasionnellement. «Nous allons devoir nous assurer que chaque promesse faite sera respectée à la lettre», a insisté le ministre néerlandais.

La question de mettre la Grèce sous tutelle est dans l’air depuis quelques jours déjà. Ce week-end, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a demandé aux Grecs d’accepter que des fonctionnaires allemands viennent aider leurs collègues grecs à renforcer l’administration fiscale. Le quotidien d’Athènes Kathimerini craint que la nomination d’un «commissaire allemand au fisc» serait une insulte à la souveraineté nationale. Le journal cite encore d’autres responsables allemands qui «conseillent à la Grèce d’accepter une aide européenne pour construire une administration publique efficace».

Une nouvelle publiée lundi par le même journal a apporté de l’eau au moulin aux partisans d’une surveillance plus stricte de la Grèce. L’an dernier, 700 millions d’euros d’impôts ont été recouvrés, soit un milliard de moins que prévu. L’objectif pour 2012, fixé à 2 milliards, paraît d’ores et déjà compromis du fait de licenciements dans le service public.

L’idée de mettre la Grèce sous tutelle ne choque pas Michel Juvet, chef économiste chez la banque Bordier. «Lorsqu’une entreprise est mise en faillite, un juge nomme un commissaire pour gérer la liquidation. On devrait pouvoir appliquer la même règle à un Etat en faillite d’autant plus que d’autres Etats sont appelés à l’aide», explique-t-il. Pour l’associé de la banque privé, les ministres des Finances pouvaient difficilement parvenir à un accord lundi du fait que de nombreuses questions – participation du FMI, accord avec les créanciers privés – étaient encore en suspens. Toutefois, selon lui, l’heure de vérité dans la crise grecque va sonner lors du prochain sommet européen.

«La Grèce a réalisé des efforts très importants en vue d’obtenir un second plan de sauvetage», a déclaré Christine Lagarde, directrice du FMI, à son arrivée hier à Bruxelles. Hier, le parlement grec est allé encore plus loin dans l’application des mesures d’austérité exigées par la troïka. Il s’agissait de faire des économies supplémentaires de 325 millions d’euros dans le budget 2012. Des coupes, notamment dans les pensions, ont été notamment votées alors même que la mobilisation contre la politique gouvernementale se poursuit à Athènes.

Selon des chiffres publiés lundi par la Banque centrale grecque, le pays poursuit sa plongée dans la récession, avec un recul du produit intérieur brut de 7% en 2012. Selon BBC, les conditions de vie se dégradent jour après jour. Le chômage frappe 20,9% de la population active. C’est le double chez les jeunes de moins de 25 ans. Dans la capitale, quelque 20 000 personnes ont perdu leur logement durant cette dernière année. Athènes a également enregistré 5000 appels téléphoniques de la part de candidats au suicide, deux fois plus qu’en 2010. Une bonne nouvelle toutefois: le secteur touristique a enregistré une hausse de 9,45% l’an dernier par rapport à 2010.

Publicité