Lidl et Aldi tirent les salaires vers le haut

Supermarchés Les deux enseignes offrent un montant de 4000 francs ou plus

Unia juge la mesure positive

Tour à tour, les filiales suisses des deux «hard discounters» allemands Lidl et Aldi ont annoncé qu’elles augmentaient leur salaire minimum. En octobre, Lidl décidait qu’au 1er décembre 2013, la rémunération passerait de 3800 à 4000 francs, soit le salaire minimum le plus élevé en Suisse dans le secteur du commerce de détail. Vendredi 22 novembre, Aldi surenchérissait: à compter de janvier 2014, une hausse de 2,1%, selon la région et le taux d’occupation, va entrer en vigueur. Le salaire minimum sera fixé à 4200 francs. S’agit-il de coups de pub? Ces enseignes anticiperaient-elles un éventuel accord en Suisse sur l’instauration d’un salaire minimum? Les deux chaînes de supermarchés ne sont pas connues pour être de grandes communicantes. Ainsi, les chiffres d’affaires ne sont pas ren­dus publics. Les porte-parole des deux groupes concèdent cependant que les employés sont ainsi remerciés pour avoir contribué à l’évolution très favorable des affaires. Car le hard discount est en vogue en Suisse. Quatre fi­liales en 2005, lorsqu’Aldi s’est ­installé en Suisse, 164 aujour­d’hui et 2250 employés. Implanté en 2009, Lidl, qui a un réseau de 90 magasins et emploie 2300 personnes, va ouvrir un nouveau centre régional en Suisse romande avec à la clé 400 à 500 nouveaux emplois. La méthode commerciale pratiquée – prix bas, choix en rayon limités et frais de mise en place réduits au maximum – fonctionne dans un contexte de crise qui n’épargne pas la Suisse.

La nouvelle politique salariale affichée par Aldi et par Lidl a sans doute aussi pour effet de soigner l’image d’enseignes longtemps accusées de maintenir de faibles coûts salariaux et d’offrir des conditions de travail «limites». Les syndicats Unia et Syna n’ont eu de cesse de pointer une généralisation des offres d’emploi à temps partiel (50%) avec des présences sur les postes allant parfois au-delà des 70% sans que ces dépassements d’horaires ne soient rémunérés, une obligation de flexibilité interdisant la recherche d’un second emploi et un climat de défiance engendré par des contrôles et du stress. Lidl s’est ainsi vu accuser par des syndicats allemands de pratiquer une surveillance vidéo de ses employés. Chez Aldi, la polyvalence réclamée aux collaborateurs (encaissement, travail en rayon, nettoyage) a été blâmée par ces mêmes syndicats. Syna a cependant observé cette année chez Lidl des efforts au travers d’une nouvelle convention collective de travail (CCT) qui, outre des salaires minimaux corrects, ouvre un partenariat social, chose jusque-là peu du goût des hard ­discounters. Cheryl Zwicker, du bureau de la communication chez Lidl, résume: «Le salaire est versé 13 fois par an, la semaine de travail est de 41 heures, une colla­boratrice de 20 ans à 80% et sans formation gagne au moins 3200 francs.» Elle élude le grief lié à la systématisation du temps partiel pour économiser les coûts: «Grâce à des systèmes d’assurance sociale modernes, les employés à temps partiel de Lidl Suisse bénéficient des mêmes prestations que les employés à plein temps.» Par ailleurs, Lidl a donné son accord pour l’ouverture d’une hotline à disposition de ses collaborateurs. «Sous le sceau de la confidentialité, les employés pourront entrer en contact avec nous et exposer leurs problèmes et remarques», se félicite Marguerite Bouget, de Syna Genève. Chez Aldi, on indique que 69% des employés sont à temps partiel mais qu’il n’y a que des contrats fixes et que l’entreprise a renoncé au salaire ­horaire et donc au travail sur demande, «contrairement à beaucoup ­d’entreprises du commerce de détail suisse». «Même sans qualifi­cation, un collaborateur d’Aldi n’est pas employé sous les limites salariales et nous veillons à l’égalité entre hommes et femmes», indique Frédéric Jacquemoud, porte-parole d’Aldi Suisse. Syna a applaudi à l’annonce de l’augmentation du salaire de base chez les deux chaînes allemandes. Unia a salué aussi cette décision, «qui est une excellente opération de marketing», concède Joël Varone, secrétaire syndical d’Unia Genève. Le syndicat fait observer qu’en réalité, une faible portion des collaborateurs vont en profiter «car, mis à part les gérants et les adjoints, le reste des effectifs fonctionne avec des taux d’occupation minimum garantie et est soumis au travail sur appel». Unia contredit donc les affirmations d’Aldi.

Environ 40% des 360 000 employés du commerce de détail en Suisse travaillent à temps partiel. Ce phénomène s’accélère depuis trois ou quatre ans dans le secteur. «Ces usages ne sont pas importés par des enseignes étran­gères et concernent tous les vendeurs du commerce de détail du pays», commente Joël Varone. Celui-ci observe qu’avec un degré moindre de qualification, les caissières chez Aldi et chez Lidl sont désormais théoriquement mieux payées que celles de Migros ou de Coop (voir ci-dessous). «Et les heures supplémentaires, enchaîne le syndicaliste, ne sont pas rémunérées à un tarif supérieur, contrairement à ce que l’on peut penser. Je prends l’exemple de Coop Vaud, où certains salariés affichent un solde négatif de 100 heures de travail, qu’ils doivent à leur entreprise car celle-ci leur a demandé à maintes reprises de ne pas venir travailler tel ou tel jour ou de rentrer chez eux faute de clients dans le magasin.» L’Union syndicale suisse a révélé cette semaine que 47 000 personnes gagnent moins de 22 francs de l’heure dans le commerce de détail, alors que les marges bénéficiaires des enseignes continuent à croître. L’USS estime que l’initiative sur les salaires minimums (au moins 4000 francs) peut être le remède au problème des bas salaires.

Lidl a signé une nouvelle convention collective de travail