Paradis fiscaux

Le Liechtenstein liquide ses milliers de sociétés offshore, et s’en porte très bien

L’ancien royaume des sociétés boîte aux lettres se réinvente, sans l’évasion fiscale. Et se délecte discrètement des malheurs du Panama

Une vraie hécatombe, une purge drastique au nom de la transparence financière. En cinq ou six ans, le Liechtenstein a vu disparaître la moitié des sociétés boîtes aux lettres qui faisaient sa douteuse réputation de paradis fiscal.

«Nous sommes passés de 90’000 sociétés environ à 40’000 aujourd’hui», articule Katja Gey, qui pilote la diplomatie fiscale de la Principauté. L'intérêt de ces structures s'est largement évanoui depuis que le Liechtenstein a renoncé à attirer l'argent non-déclaré.

Au moment où les révélations des Panama Papers ébranlent le monde offshore, le Liechtenstein semble montrer un chemin différent. Une marche forcée vers la conformité qui lui permet de regarder de haut non seulement le retardataire panaméen, mais aussi la Suisse dont il fut longtemps le satellite.

Une société pour 3000 francs par an

Longtemps, le minuscule pays coincé entre la Suisse et l’Autriche a été, avec Panama, le spécialiste du commerce de gros de sociétés écran. Pour 3000 francs par an, le client européen – typiquement un patron de PME possédant un million non déclaré – pouvait créer sa fondation liechtensteinoise. Elle lui permettait notamment d’éviter l’impôt européen sur l’épargne des non-résidents. Et seul le nom de la fondation apparaissait sur les documents bancaires, une précaution qui rassurait les évadés fiscaux.

Les banques suisses commandaient ces sociétés par dizaines à des fiduciaires liechtensteinoises, sorte de notaires qui faisaient naître les sociétés d’un coup de tampon et signaient chaque année le bilan de la fondation. L’Etat liechtensteinois prélevait 1000 francs par société, ce qui lui garantissait environ 90 millions de revenus annuels.

Une manne qui s'est tarie

La manne s’est largement tarie aujourd’hui. Avec la fin du secret bancaire, «un tiers des clients est parti de Suisse [où les fondations avaient leurs comptes], un tiers s’est régularisé, un tiers a été rattrapé par le fisc», calcule à la louche un fonctionnaire liechtensteinois.

Ceux qui sont partis se sont égaillés entre Malte, la Lettonie, Chypre, et bien sûr Panama, qui a recueilli les évadés fiscaux hardcore, ceux qui voulaient continuer à échapper au fisc. Selon Katia Gey, «en matière de blanchiment et de lutte contre l'évasion fiscale, le Panama est aujourd'hui là où était le Liechtenstein il y a de nombreuses années». La Principauté avait elle-même été cible d'une fuite de données massives en l'an 2000, qui dévoilait déjà les mécanismes de la finance offshore. 

La politique d’assainissement fait grogner

Aujourd'hui, l'ancien paradis fiscal veut être un bon élève de la coopération fiscale internationale. Chez les fiduciaires, cette politique d’assainissement forcé fait grogner. Des bureaux ont perdu jusqu’à 80% de leur clientèle. D’autres ne survivent que grâce au travail de liquidation des fondations, qui peut-être terriblement complexe lorsqu’il s’agit de grandes familles et de beaucoup d’argent. Certains «s’assoient sur les fonds, demandent des expertises juridiques et prétextent le besoin de conformité fiscale pour ne pas rendre l’argent», s’indigne un avocat genevois.

Cette transition va bientôt prendre fin. Dès 2017, un an avant la Suisse, le Liechtenstein appliquera l’échange automatique d’informations. Soumis aux règles européennes comme membre de l’EEE, il devrait aussi introduire à terme un registre central de tous les ayants droit économiques des comptes et des sociétés – une mesure que la Suisse n’envisage même pas encore.

A l’avenir, le Liechtenstein veut continuer à faire office de notaire du monde. Mais avec des structures offshore qui serviront vraiment leur but déclaré – la préservation des patrimoines familiaux lors de successions, par exemple. «Nous étions comme un gros supermarché, conclut Katja Gey, aujourd’hui nous sommes plutôt une petite boutique.»


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