Bénédict-Gustave-Francis Hentsch, associé de 1985 à 2001… Chez les Hentsch, les prénoms se transmettent volontiers d'une génération à l'autre, comme c'est d'ailleurs la coutume dans nombre de familles attachées à la tradition et à la continuité de leur nom. Malgré sa modernité, son impétuosité, son ouverture aux médias – tel n'était pas l'usage dans la banque privée genevoise – Bénédict Hentsch s'inscrit dans une longue histoire, celle d'un établissement bancaire fondé le 11 janvier 1796. Fils de Léonard Hentsch et neveu de Robert Hentsch, deux frères issus en ligne droite de la branche d'Henri le fondateur, Bénédict restera dans l'histoire de l'établissement comme l'un des artisans de la fusion de Hentsch & Cie et Darier & Cie, réunie en une seule entité – Darier Hentsch & Cie – le 1er janvier 1991. Initiateur de la fusion? Peut-être pas, même si son père avait dès 1971 envisagé cet avenir. Dans la plaquette rédigée à l'occasion du bicentenaire de la banque, Georges-André Cuendet conte ce dessein: «Lors du 175e anniversaire de la maison, célébré par un spectacle de ballet au Grand Théâtre de Genève, Léonard Hentsch avait tracé entre la banque privée et la danse classique un parallèle qui demeure un morceau d'anthologie. Il y mettait en évidence «la délicate balance entre le génie de l'interprétation personnelle et l'obéissance stricte aux lois de l'ensemble, la nécessité d'une mémoire sans faille et d'une technique impeccable, et enfin l'impossibilité de tricher avec la partition. Serait-ce faire de l'esprit seulement, se demandait-il, que de rapprocher «pas de deux» et «étude de fusion», «entrechats» et «négociation», «jeté battu» et «transaction», «grand quadrille» et «collaboration»?»

Sous le manteau, les connaisseurs du dossier parlent davantage d'absorption de Hentsch par Darier que de fusion entre égaux. Mais laissons pour l'heure ce débat au passé. Reste qu'on ne peut comprendre la banque privée sans avoir à l'esprit cette continuité «dynastique». Etre associé, c'est s'inscrire dans une lignée. Le départ – provisoire? – de Bénédict Hentsch entraîne l'arrivée au sein du collège des associés de sa mère, Mme veuve Léonard Hentsch, née Marie Claire Gallay. Une première, puisque jamais une femme n'a été associée dans l'histoire de l'établissement. Elle permet aux Hentsch «de conserver un droit au cash-flow», selon l'expression d'un insider, et ranime le souvenir d'une figure de la banque: celle de Léonard-Charles-Ewald Hentsch, associé de 1955 à 1985. «Avec Robert, rappelle Georges Urban, associé de la banque de 1969 à 1990, Léonard a été l'un des promoteurs dynamiques des fonds d'investissements à Genève. Ensemble, dans les années 50, ils ont pris la représentation de fonds d'investissements américains prestigieux qui firent le succès des portefeuilles de nombreux clients.» Outre le fait d'être pionnier de la diffusion des fonds de placement en Suisse, Léonard Hentsch fut un sportif accompli. Il joua un rôle important au FC Servette, dont son père, Gustave, avait été le capitaine de la première équipe au début du siècle et aussi le donateur des terrains de sport. Retiré des affaires, Léonard Hentsch disparut le 21 septembre 1993 à l'âge de 75 ans, victime d'une crise cardiaque.