Football

Ligue des champions: supporters à tout prix

Si la finale de la Ligue des champions engendre d’énormes recettes pour la ville qui l’accueille, Madrid cette année, elle représente aussi une affolante source de dépenses pour les fans des deux équipes. A laquelle une plateforme solidaire tente de répondre

Une finale de Ligue des champions (C1), ça rapporte gros. Et pas seulement à l’UEFA et aux clubs qui la disputent. En 2017, la ville de Cardiff, qui accueillait l’événement, a généré 50 millions de francs grâce à l’organisation de ce sommet footballistique. Cette année, Madrid a tablé sur un impact économique de plus de 70 millions de francs, selon la Confédération d’entreprises de la capitale espagnole. Celle-ci souligne qu’«un événement de ce calibre est une importante source de revenus pour la ville, qui bénéficie à divers secteurs tels que la restauration, le commerce, les transports et l’hôtellerie».

Si une finale de la C1 s’apparente à une poule aux œufs d’or pour la ville organisatrice, l’expérience se révèle extrêmement coûteuse pour les supporters. Notamment pour se loger. Depuis plusieurs mois, le prix des chambres d’hôtel de ce premier week-end de juin a flambé dans la cité royale, alors que l’Association entrepreneuriale hôtelière de Madrid (AEHM) prévoit un taux d’occupation moyen supérieur à 95%.

Des logements inabordables

Il y a un mois, il était impossible de trouver un logement à moins de 900 francs suisses pour la nuit du 1er au 2 juin. Pour louer un appartement à Madrid cette nuit-là, il faut encore compter au moins 860 francs. Une place dans un dortoir mixte coûte entre 100 et 224 francs, tandis que l’auberge de jeunesse Safestay Madrid propose par exemple un dortoir avec des lits superposés pour six dans le centre de la capitale espagnole pour 1578 francs ou que l’Hôtel Miau (trois étoiles) loue des chambres à 1390 francs pour deux personnes.

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Le quotidien barcelonais La Vanguardia évoquait cette semaine une petite annonce dans laquelle un particulier louait un matelas gonflable chez lui, à proximité du stade Wanda Metropolitano, pour 1350 francs. «Le coordinateur général de la municipalité a eu différentes réunions avec des représentants du secteur hôtelier. Il leur a demandé de faire preuve de mesure et d’éviter de pratiquer des prix abusifs qui pourraient nuire à l’image de Madrid en tant que ville d’accueil pour de grands événements internationaux», indique-t-on à la mairie madrilène.

Pour se rendre de Londres à Madrid, il faut par ailleurs débourser près de 1300 francs pour un vol avec une compagnie low cost, alors qu’habituellement ce trajet coûte quatre fois moins cher. «Le système des prix est dynamique: quand la demande explose, les prix aussi», a récemment justifié Johan Lundgren, le directeur général de la compagnie aérienne britannique à bas coût EasyJet, sur les ondes de la BBC.

«Le football se gentrifie»

«Le football se gentrifie, ce genre d’événement est désormais réservé à des gens des classes moyennes-supérieures, voire plus riches, se désole Mathieu Da Luz, fan de ballon rond et jeune business developer. En comptant le prix de la nuit d’hôtel, le vol et le billet pour le match, un supporter dépense entre 2000 et 3000 euros (soit de 2200 à 3300 francs). Les sites de réservation d’hôtel ont des algorithmes qui font exploser les prix lorsque la demande est importante. Il faut ajouter à cela les particuliers qui profitent de l’événement pour louer des chambres à des prix élevés. Tout le monde essaie de se faire de l’argent, c’est malhonnête.»

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Pour lutter contre ce phénomène, ce Marseillais installé à Zurich a créé avec trois camarades la page Free Couch 4 Fans, qui met en relation des supporters avec des locaux susceptibles de les héberger lors d’événements sportifs de grande ampleur. Grâce à cette plateforme, une cinquantaine de fans de Tottenham et de Liverpool ont trouvé un logement gratuit à Madrid chez des particuliers ce week-end, sur un demi-millier de demandeurs.

Réservation annulée puis prix multiplié par six

C’est le cas de Kieran Day, mordu des Reds. «Avec un ami, nous avions réservé un bed and breakfast dans le centre de Madrid pour 49 livres sterling (62,50 francs), raconte cet Anglais de 24 ans. La propriétaire a annulé notre réservation sans explication et, en cherchant un peu, j’ai retrouvé l’offre en ligne à 298 livres. Je trouve ça écœurant. J’étais vraiment déçu et en colère lorsque j’ai constaté que le prix avait été multiplié par six. Booking, par qui j’ai effectué ma réservation, ne nous a pas du tout aidés à résoudre ce problème.»

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Kieran Day sera finalement logé gratuitement chez Mikhail, un Madrilène qu’il a rencontré via la plateforme Free Couch 4 Fans. «C’est une initiative incroyable, se réjouit cet assistant en psychologie. J’ai été époustouflé par la gentillesse de Mikhail. Des gens comme lui ont vraiment de la sympathie pour les fans de football qui se retrouvent exclus du jeu. Cette grande communauté est un doigt d’honneur adressé à tous ceux qui exploitent cet événement et à l’UEFA, qui a laissé ce phénomène se développer année après année en restant en retrait.»

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