Les marques récurrentes d'euphorie exprimées par l'économie américaine ne doivent pas être l'arbre qui cache la forêt: globalement, l'économie planétaire ne se porte pas bien. Ou plutôt, elle boite de plus en plus. Sa jambe déjà musclée résiste aux difficultés, car elle dispose de moyens palliatifs et de réserves suffisantes; mais sa jambe la plus faible s'atrophie. Les pays en développement paient fort le prix des dérèglements du système financier globalisé, et l'on se demande un peu vers quel devenir transitent les «économies en transition». George Soros faisait mercredi un constat cruel: le relèvement, même minime, des taux américains mettra une nouvelle fois à l'épreuve les pays émergents, qui souffrent déjà d'un déficit terrible d'investissements. En 1998, le Sud-Est asiatique a par exemple vu le cash-flow de l'ensemble des financements (crédits, investissements, charges d'intérêt et aides diverses) se renverser dramatiquement: le flux rentrant de 31 milliards de dollars en 1996 s'est mué en une désertion de capitaux, puisque plus de 110 milliards de dollars ont quitté la région l'an dernier.

Les chiffres officiels montrant une convalescence en bonne voie – voire une reprise – pour ces pays, ne doivent eux non plus pas faire illusion. L'exemple thaïlandais est là pour confirmer que le chemin vers une reprise authentique est encore loin.

Bien qu'incroyablement robuste, l'économie américaine montre tout de même des signes de ralentissement. En Europe occidentale, la croissance reste plutôt faible. Les industries cycliques, auxquelles les pays émergents sont très sensibles, entament leur descente. Aucune condition n'est réunie pour voir une amélioration dans la redistribution des richesses mondiales.