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L’îlot de cherté suisse est clairement confirmé

Les organisations de consommateurs demandent un renforcement de la pression sur les entreprises qui majorent leurs prix sur le marché suisse

A peine activée, la nouvelle plateforme internet de comparaison des prix (www.barometredesprix.ch), financée par la Confédération, est menacée de fermeture. Cet instrument relève par exemple, sur la base d’une comparaison de 650 produits, que la différence moyenne de prix entre l’Allemagne et la Suisse, TVA comprise, se situe à 45% dans le secteur alimentaire et à 65% pour les cosmétiques. Avec la France, l’écart est respectivement de 22% et 26%.

L’Union suisse des arts et métiers (USAM) s’étrangle de colère et accuse les organisations de consommateurs, qui pilotent le site, de donner de «fausses informations» et d’inciter «encore davantage au tourisme d’achat». L’USAM estime que la plateforme ne prend pas en compte tous les éléments de formation des prix et qu’elle doit être «désactivée aussi longtemps qu’elle diffusera des informations déloyales».

Les organisations de consommateurs, qui ont présenté mardi ce nouvel outil de transparence né de la polémique sur la faible répercussion des effets de change lors de la baisse de l’euro, jurent la main sur le cœur que la plateforme a été élaborée de manière parfaitement honnête. «On ne compare pas des pommes et des poires», explique Michel Rudin, directeur du Forum des consommateurs. Seule une liste de produits parfaitement identiques est proposée, ce qui exclut par exemple l’intégration des chaînes comme Lidl et Aldi, qui disposent d’une gamme de produits exclusifs.

Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC), constate que «les acteurs étrangers isolent le marché suisse», en tenant compte du pouvoir d’achat et non des coûts de production.

Problème structurel

Selon les organisations de consommateurs, les arguments évoqués pour justifier l’îlot de cherté helvétique ne tiennent pas la route. Elles citent une étude selon laquelle les coûts salariaux sont 5% supérieurs à ceux assumés en Allemagne, alors que la Suisse, classée selon le pouvoir d’achat, occupe la sixième place, derrière l’Allemagne. «La Suisse a un problème structurel qui s’est encore accentué avec le franc fort», relève Sara Stalder, directrice de la Fondation pour la protection des consommateurs. «Il faut enfin que les milieux économiques et politiques tirent à la même corde et renforcent la loi sur les cartels, actuellement en révision», plaide-t-elle.

La fixation des prix obéit à des critères flous, comme le montre un bref parcours à travers le site. Ainsi, les six litres d’eau San Pellegrino provenant d’Italie sont vendus 3,93 francs en Suisse (Denner) contre 5,32 francs auprès de Coop Italie. Le rasoir manuel Gillette est vendu 10,27 francs chez Intermarché en France, contre 24,80 francs en Suisse (Coop). La nationalité des entreprises n’est pas non plus en cause. Ainsi Nestlé vend son café expresso soluble 4,28 francs en France (Casino) contre 9,90 francs en Suisse (Coop et Migros). L’Ovomaltine, fabriquée en Suisse, est vendue 4,32 francs en France (Intermarché) contre 6,48 francs chez Denner.

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