Jeudi se tient l'assemblée générale extraordinaire d'UBS. Outre la nomination de quatre nouveaux membres au conseil d'administration, présidé par Peter Kurer, la banque informera probablement ses actionnaires sur l'avancement de la restructuration de sa banque d'affaires, touchée de plein fouet par la crise des «subprime».

D'ici à décembre, UBS pourrait procéder à de nouveaux amortissements estimés entre 5 et 9 milliards de francs, qui s'ajouteront aux 44 milliards déjà perdus sur le marché «subprime». Son portefeuille d'actifs à risque s'élève encore à 40 milliards de francs. Pour Javier Lodeiro, analyste chez Sal.Oppenheim, UBS pourrait absorber 8 à 9 milliards de dépréciations d'ici à la fin de l'année sans que son ratio de capital n'en soit affecté: «Au-delà de 9 milliards, les investisseurs seraient nerveux, car cela ferait tomber le ratio Tier 1 à 10%, et il y aurait un risque de recapitalisation.»

Javier Lodeiro conseille depuis lundi l'action UBS à l'achat, avec un objectif de cours à 30 francs. «Mon argument principal était qu'UBS bénéficierait du plan Paulson. A présent qu'il est rejeté, je suis déçu, mais je reste convaincu qu'une autre version du plan sera bientôt votée, et qu'il faut acheter UBS», un tel plan étant de nature à stabiliser le marché des titres «subprime». A l'inverse, les analystes de Natixis recommandent «la plus grande prudence envers les banques belges, allemandes, le secteur bancaire anglais et l'UBS».

L'établissement zurichois souffre d'un assèchement sans précédent de la liquidité interbancaire. A l'image des autres établissements financiers, le groupe dirigé par Marcel Rohner a bouclé avec beaucoup de mal son tour de financement pour le 3e trimestre, qui s'achevait hier. Selon nos informations, des employés bernois du département de la stabilité et du risque de la Banque nationale suisse (BNS) étaient à Zurich lundi, pour s'assurer que la situation des grandes banques était sous contrôle. «Nous sommes en contact permanent avec les autorités et les autres banques centrales», répond la BNS.

La Banque nationale a tenté mardi de soulager le marché monétaire suisse en réduisant de 10 points de base son taux de refinancement à une semaine et en offrant plus de liquidités à trois mois. Cette situation pèse sur le franc suisse; il en fallait 1,08 pour un dollar il y a une semaine, mais 1,12 hier. En parallèle, la Commission fédérale des banques a tenté de restaurer la confiance en déclarant mardi qu'«UBS et Credit Suisse sont bien capitalisées et satisfont à toutes les exigences légales».

«Avec ses deux recapitalisations, UBS a renforcé sa base de capital et elle a réduit ses positions à risque. La banque est donc bien préparée pour faire face aux conditions difficiles des marchés», a répondu son porte-parole.

Prêts interbancaires gelés

Le marché monétaire global est totalement gelé depuis que le Congrès américain a rejeté le plan de 700 milliards de dollars prévu par l'administration Bush pour sauver le secteur financier. Craignant de nouvelles faillites, les banques refusent de se prêter le moindre centime entre elles. Cette crise a déjà mené les gouvernements des Etats-Unis et d'Europe à sauver cinq banques de la faillite.

Les besoins trimestriels de refinancement d'une banque comme UBS, c'est-à-dire son fonds de roulement, équivalent à eux seuls à un plan Paulson. Les banques centrales doivent donc entièrement se substituer au marché interbancaire, dont la tension s'est illustrée par l'explosion de son taux d'intérêt (Libor) en dollars et en euros mardi. Lundi, la Fed a avancé un montant record de 620 milliards de dollars pour permettre aux banques centrales étrangères de refinancer le secteur en dollars. Les banques européennes ont emprunté des dollars auprès de la Banque centrale européenne à six fois le taux directeur de la Fed, et les banques suisses ont emprunté à la BNS à deux fois et demie le taux de la Fed.