Un titre comme «Les caisses de pension ont perdu des milliards dans la baisse des bourses» à la une des journaux est certainement impressionnant et frappe le public. Mais reflète-t-il la réalité?

Il n'est pas contesté que l'indice Pictet LPP 93, bien établi et souvent cité à l'appui de telles affirmations, a encore affiché une hausse de 0,73% pour l'année 2007, alors qu'il a perdu 4,10% jusqu'à fin mars 2008. Si l'on part de l'idée que la fortune du 2e pilier se monte à 600 milliards de francs, ce sont des valeurs d'un ordre de grandeur de CHF 24,6 milliards qui ont été détruites, un montant qui, pris en tant que tel, est horriblement élevé.

Cette affirmation doit toutefois être soumise à un examen plus approfondi. La question centrale est de savoir s'il s'agit du bon indice et de la bonne période de temps pour mettre en évidence les conséquences de la crise sur les assurés. Ce n'est pas du tout le cas. Les enquêtes de Swisscanto montrent que la composition de l'indice Pictet LPP 93 qui est mis en avant comme indice de référence (67,87% d'obligations en CHF, 6,7% d'obligations en monnaies étrangères, 14,78% d'actions suisses et 10,65% d'actions étrangères) ne reflète pas la réalité. Fin 2006, en pondération de la fortune, environ 40% étaient investis en obligations, 29,4% en actions, 15,1% en biens immobiliers et 4,7% en placements alternatifs. Le reste était constitué de liquidités, d'hypothèques, de placements auprès de l'employeur et d'autres actifs. En plus, la période de temps choisie pour faire la une des journaux n'est qu'un épisode, certes pas très réjouissant, dans l'horizon de placement d'une caisse de pension. Pendant des phases boursières positives, on peut observer d'une part une situation totalement inverse et, d'autre part, les enquêtes déjà connues sur les performances faites en 2007 avec des portefeuilles de caisses de pension réellement gérés montrent combien l'écart entre les valeurs moyennes peut être important (CS 2,04%, ASIP 1,8%, State Street 0,66%, Lusenti Partner 2,3%). Le 15 mai, Swisscanto publiera aussi une moyenne qui aura un deux avant la virgule. Pour 2007, il est certainement correct de conclure que la plupart des caisses de pension n'ont pas atteint le taux d'intérêt minimum de 2,5%. Si on considère la performance moyenne des institutions de prévoyance sur les 5 dernières années, soit un peu plus de 6%, il n'y aurait aucune raison de se faire du souci. Si par contre, on prend en compte une période de temps de 8 ans, le tableau s'assombrit à nouveau, compte tenu du résultat de même pas 3% par an. Celui qui connaît l'effet du calcul des intérêts composés sait en outre que le résultat final des différentes caisses pourra s'écarter fortement de ces moyennes.

Des conditions très différentes quant au taux de couverture et à la proportion de retraités demandent de la part des caisses de pension, sur la base de leur propension au risque, des répartitions des actifs très différentes, ce qui a une influence déterminante sur la performance qui peut être atteinte. C'est ainsi, par exemple, qu'une caisse avec une proportion de retraités de bien plus de 50% doit placer de manière plus conservatrice qu'une entreprise avec 90% de jeunes actifs. Ce qui réduit considérablement les chances de réaliser des rendements supérieurs à la moyenne. Si l'on devait à tout prix comparer ces deux résultats entre eux, il ne faudrait donc le faire qu'en procédant à un ajustement par rapport au risque.

Malgré cette réserve, l'enquête Swisscanto sur les caisses de pension donne de précieux renseignements sur la performance des institutions de prévoyance. En raison du nombre de participants et des volumes de placement couverts de plus de 380 milliards de CHF, les réponses sont suffisamment représentatives pour en tirer des conclusions pour toutes les caisses de pension. Toutefois, pour ne pas en rester à de simples moyennes, les évaluations de Swisscanto indiquent la performance pour différents segments de fortune.

Avec cette enquête, Swisscanto ne veut toutefois pas seulement brosser un tableau de la situation actuelle des institutions de prévoyance, mais également, autant que possible, indiquer les tendances.