Revue des idées économiques

Les limites d’un investissement dans le tourisme

De nombreux pays en développement ont choisi d’investir dans le tourisme pour améliorer le bien-être de la population. Leur stratégie s’est souvent révélée payante sur le long terme. Mais une étude du FMI souligne le coût de cette spécialisation.

De nombreux pays en développement ont investi dans le tourisme. Leur stratégie s’est souvent révélée payante, y compris en Afrique subsaharienne. Les économistes qui se sont penchés sur le lien entre le tourisme et la croissance ont mis en évidence les mérites de cette stratégie. Dans une étude du FMI (1), des économistes quantifient cette relation dans une optique à long terme. Leur contribution à la littérature dépasse toutefois cette estimation. Ils intègrent notamment les effets indirects du tourisme. Car l’investissement direct étranger issu du tourisme apporte un savoir-faire supplémentaire. Il suppose aussi le fonctionnement correct des institutions d’un pays, notamment en termes de sécurité des individus et du droit. La politique du pays qui veut se spécialiser dans le tourisme doit donc s’accompagner d’un effort d’ouverture et de stabilité institutionnelle.

L’étude du FMI observe un gain de 0,5% par an sur le PIB pour une augmentation d’un écart type de la spécialisation dans le tourisme. C’est un gain significatif. Il résulte de l’analyse de 127 pays et des statistiques allant de 1980 à 2002. Les auteurs étudient l’effet de l’intégration de nouveaux sites culturels au sein de la liste présentée par l’UNESCO.

Les économistes reconnaissent aussi le coût d’opportunité d’une telle stratégie. Le «miracle économique» des pays asiatiques démontre à l’envi que d’autres pistes peuvent conduire à d’encore meilleurs effets sur le PIB. Le tourisme nécessite moins de savoir-faire, d’infrastructure et de main-d’œuvre qualifié que la moyenne, reconnaissent les économistes. En langage économique, on dira que la spécialisation dans le tourisme pénalise la croissance de la productivité.

Pour atteindre les taux de croissance de 6% ou plus des pays asiatiques, la spécialisation touristique n’est certainement pas une bonne idée. Un pays en développement «typique» avec 1% de croissance économique et une part de tourisme de 8% au total des exportations devrait augmenter à 70% la part du tourisme pour parvenir à une hausse de 6% du PIB. Mission impossible, ou en tout cas très improbable.

L’étude souffre, à notre avis, d’un problème méthodologique en partant de la liste des sites de l’UNESCO. Le professeur Bruno S. Frey, de l’Université de Zurich, vient de publier un article qui démontre à l’envi le niveau de subjectivité et de politisation de ce genre de décisions culturelles. Il suffit de considérer les sites culturels suisses qui n’y figurent pas. Or les auteurs de l’étude du FMI écrivent que s’il existe un lien entre les aspects politiques et l’inscription d’un site, une des conditions de l’analyse ne serait pas remplie. Ils estiment que ce lien n’existe pas, en observant la relation entre les votes des pays membres du G7 et ceux du pays qui inscrit un site sur la liste de l’UNESCO. Mais est-ce vraiment convaincant?

(1) Tourism specialisation and economic development: Evidence from the UNESCO World Heritage List, Rabah Arezki, Reda Cherif, John Piotrowski, IMF Working Paper 176, 2009

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