C’est une nouvelle qui s’inscrit dans la tendance. MSC, la société familiale genevoise, veut racheter les activités logistiques et de transport en Afrique du groupe Bolloré, a annoncé l’entreprise française lundi. Elle dit avoir reçu une offre en ce sens de MSC de 5,7 milliards d’euros (un peu plus de 5, 9 milliards de francs) et être entrée avec la multinationale suisse dans une phase de négociation exclusive. MSC a confirmé l’information au Temps, sans commenter davantage.

La branche Bolloré Africa Logistics gère des infrastructures dans une vingtaine de pays en Afrique, dont un réseau de seize concessions portuaires, des entrepôts et des hubs routiers et ferroviaires. Plus rentable que la logistique internationale de Bolloré, la branche de logistique africaine est plus petite en chiffre d’affaires, avec 2,1 milliards d’euros réalisés en 2020, sur un total de 24,1 milliards pour le groupe. Bolloré Africa Logistics emploie plus de 20 000 personnes.

Concurrents en Afrique

Le groupe est un concurrent direct de MSC, qui y déploie aussi d’importantes activités portuaires et de transport par le biais de ses filiales TIL et Medlog. La première exploite notamment le port de San Pedro, en Côte d’Ivoire, de Lomé, au Togo, et la seconde dispose d’un réseau de milliers de camions, notamment en Afrique. En 2019, MSC avait obtenu la concession du terminal à conteneurs de Douala, la capitale économique du Cameroun, mais la justice, saisie du recours de son concurrent français, a annulé l’opération.

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Le secteur fait face à d’énormes difficultés, car la chaîne logistique est bouleversée. Des ports sont inondés de conteneurs, d’autres en manquent et des queues de bateaux s’amoncellent souvent à leurs entrées. Mais en termes de rentabilité, les chiffres sont au sommet. Le groupe danois A.P. Moller-Maersk s’apprête à réaliser des bénéfices record cette année et vient de faire cadeau de 1000 dollars à chacun de ses 80 000 employés. MSC, une compagnie privée, ne publie aucun chiffre financier mais le groupe des Aponte, une riche famille genevoise, ne cesse de se développer en cette année de pandémie.

Durant les douze derniers mois, le groupe suisse a acquis une soixantaine de cargos d’occasion, commandé au moins 43 navires neufs et 12 bateaux de croisière. Tant et si bien que MSC est devenu le plus grand armateur au monde, devant A.P. Moller-Maersk, selon Alphaliner. Ce cabinet de référence indique que MSC exploite 633 navires, dotés en tout d’un tonnage de 4,239 millions d’EVP (équivalent 20 pieds), et que son concurrent danois gère une plus grande flotte (720 bateaux) mais au tonnage moindre (4,234 millions d’EVP).

Perspectives incertaines

La semaine dernière, le MSC Allegra a chargé et déchargé 23 500 EVP de conteneurs à Anvers, battant un record dans le port belge, avant de partir pour Singapour. En novembre, le MSC Barcelona a amarré à Rouen. C’est le plus grand porte-conteneurs jamais accueilli dans le port français. Le MSC Danit fait l’objet d’une enquête outre-Atlantique à la suite d’une marée noire au large de la Californie en octobre.

La frénésie du shipping va-t-elle perdurer? Pas forcément, selon Antoine Frémont, directeur de recherche à l’Université Gustave-Eiffel, qui imagine trois scénarios pour le futur du transport maritime dans le magazine Futuribles: l’un de crises entre l’Asie et l’Occident, qui engendre une chute des échanges difficile pour le shipping; le deuxième anticipe une progression du multilatéralisme, et le troisième scénario se situe entre les deux. Les bas coûts du transport, plus que la main-d’œuvre peu chère en Chine, ont accéléré la mondialisation des échanges depuis l’invention des conteneurs standardisés dans les années 1960.

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Le 2 décembre, les Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, ont mis à l’eau un paquebot, le MSC World Europa, qui fonctionnera au gaz naturel liquéfié (GNL), une alternative au fioul lourd qui domine dans l’industrie. Le GNL élimine les émissions de soufre et des particules fines et réduit les émissions de gaz à effet de serre.

Ce navire fait partie de la division croisière de MSC, qui reprend ses activités ternies par la crise sanitaire. Début décembre, ses 19 navires de croisière se trouvaient entre le Brésil, la Méditerranée, les Caraïbes, l’Afrique du Sud, l’Europe du Nord, la mer Rouge et le Moyen-Orient. Fin novembre, l’actrice Sophia Loren a baptisé un nouveau bateau de MSC Croisières, le MSC Virtuosa, à Dubaï.

En Afrique, les négociations entre Bolloré et MSC doivent se poursuivre jusqu’à la fin du mois de mars. L’action du groupe Bolloré a grimpé de plus de 10% mardi, suite à l’annonce de l’offre de MSC.