Libre circulation des personnes

L’immigration a soutenu la croissance économique

Selon le rapport publié jeudi par l’administration fédérale, les effets économiques de la libéralisation du marché du travail suite à l’accord avec l’Union européenne sont positifs, malgré une pression à la baisse de certains salaires

«La plus grande ouverture du marché du travail ces dernières années a permis d’augmenter le potentiel de croissance économique du pays.» Serge Gaillard, chef de la Direction du travail auprès du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), dresse un bilan positif des conséquences de l’accord avec l’Union européenne (UE) sur la libre circulation des personnes, entré en vigueur en 2002.

Le sixième rapport sur la question, présenté jeudi à Berne, apporte des éléments supplémentaires intéressants car il comprend la période de récession économique à partir de l’automne 2008. Des craintes avaient été exprimées concernant le fait que l’immigration, notamment de citoyens allemands, ne diminuait pas fortement, alors que le taux de chômage augmentait en Suisse.

Formation supérieure

Le rapport parvient à la conclusion que la libéralisation totale du marché du travail, dès juin 2007 avec les quinze anciens membres de l’UE, a modifié la composition des travailleurs d’origine étrangère avec l’arrivée d’employés mieux formés occupant des emplois à haut revenu. «Cette nouvelle main-d’œuvre à fort pouvoir d’achat a soutenu l’économie suisse grâce aux dépenses de consommation et aux investissements dans la construction», estime Serge Gaillard.

L’ouverture du marché du travail, dès 1996 avec la suppression du statut de saisonnier, l’accord de libre circulation dès 2002, la suppression de la priorité aux travailleurs indigènes dès juin 2004, puis la suppression des contingents pour l’UE 15 dès 2007, a contribué à la croissance économique suisse. Les auteurs du rapport constatent que les entreprises suisses ont pu recourir à la main-d’œuvre qualifiée qui leur faisait défaut. Le solde migratoire annuel, qui était de 26 400 personnes entre 1991 et 2001, a plus que doublé, à près de 60 000 personnes entre 2002 et 2009.

Le repli moins marqué de l’activité économique en Suisse que dans les pays de l’UE s’explique, en partie, selon les auteurs du rapport, par cette plus grande ouverture du marché du travail. «Cette stabilité conjoncturelle est due en partie à la politique de soutien économique (taux d’intérêt bas, programmes de stabilisation), mais n’aurait pas été possible sans le dynamisme économique et l’immigration de ces dernières années», explique Serge Gaillard.

Le rapport signale certains effets négatifs, qualifiés de mineurs, dus à la concurrence accrue sur le marché du travail. Il s’agit surtout de la pression à la baisse des salaires moyens puisque les bas salaires sont généralement protégés par les mesures de surveillance mises en place par les cantons et la Confédération. Un secteur intrigue pourtant les auteurs du rapport. Il s’agit de celui de la construction où un effet d’éviction de la main-d’œuvre suisse ou de la première vague d’immigrés, notamment portugaise, a dû se produire. Le taux de chômage élevé dans cette branche s’est en effet accompagné de recrutement de main-d’œuvre étrangère, notamment allemande. L’immigration a également eu des effets moins importants que prévu sur les assurances sociales, soit un surcoût de 295 millions de francs, au lieu de 424 millions.

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