L'espoir que le marché immobilier américain approche du fond du trou et que sa crise entamée il y a 9 mois ne se répercute pas à l'ensemble de l'économie a été mis à mal, mardi, par une série de statistiques.

Le chiffre des ventes de logements existants pour mars a dégringolé à son plus bas niveau depuis juin 2003, augurant mal de la reprise des transactions au printemps. 6,12 millions de maisons anciennes ont changé de propriétaires en rythme annuel, soit 8,4% de moins que le mois précédent, a indiqué l'association des agents immobiliers Realtors. Elle met en cause d'une part la météo défavorable et d'autre part la plus grande vigilance des institutions de prêts. Celles-ci réagissent à la crise des hypothèques «subprime», ces crédits immobiliers accordés en grandes quantités à des ménages financièrement fragiles et dont beaucoup se révèlent insolvables après quelques années.

«L'impact négatif du subprime est considérable», a déclaré David Lereah, économiste en chef de Realtors. Il n'attend pas de reprise complète avant 2008. La valeur médiane des maisons a continué de baisser pour le huitième mois consécutif, a également annoncé Realtors. La dépréciation en mars est de 0,3% au niveau national par rapport à l'année précédente.

L'indice de la confiance des consommateurs du Conference Board s'est lui aussi inscrit en recul, à 104 points en avril contre 108,2 en mars (1985 équivaut à la base 100).

Risque de contamination

Malgré le recul du taux de chômage à 4,4% le mois dernier et le dynamisme des créations d'emplois(180 000), le sondage fait ressortir une inquiétude accrue pour l'emploi. La proportion de consommateurs estimant qu'il y a abondance de postes à pourvoir est passée de 30,3% à 27,8%. Ce résultat alimente la crainte que le ralentissement dans l'immobilier ne finisse par avoir un impact sur le marché de l'emploi et sur la consommation.

«Les données récentes supportent le scénario d'une croissance demeurant faible et d'une décrue graduelle de l'inflation en 2007», prédit la banque Goldman Sachs dans une note. Bill Gross, le gérant chez Pimco du plus gros fonds obligataire du monde, a confirmé ses attentes d'une réduction des taux directeurs de la Réserve fédérale (Fed) pour parer à l'anémie conjoncturelle. Il anticipe un repli de 5,25% actuellement à 4,75% ou 4,5% du taux directeur cette année.

Toutefois, la Fed soutient que la bonne tenue de l'emploi et des salaires compensera le trou d'air de l'immobilier. La banque centrale continue de s'inquiéter plus de l'inflation que de la croissance.