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Miami Beach Coast en Floride. 
© Gerald Hoberman

Panama Papers 

L’immobilier américain, une machine à blanchir l’argent sale?

Dans les grandes villes américaines, de nombreux biens immobiliers de luxe sont acquis contre argent comptant par des sociétés offshore. Or celles-ci cachent parfois des fortunes mal acquises. Washington s’en inquiète

L’immobilier américain serait-il une machine à blanchir l’argent sale? Les Panama Papers, les documents du cabinet d’avocats Mossack Fonseca révélés par un consortium international de journalistes confirment une crainte que les autorités américaines nourrissaient depuis des années. Les appartements et maisons de luxes aux Etats-Unis s’achètent souvent cash et par le biais de sociétés-écrans qui cachent des fortunes parfois mal acquises.

Dans la région de Miami, 53% des ventes immobilières en 2015 ont été réglées rubis sur l’ongle. 90% des nouvelles constructions ont été vendues contre argent liquide. Au dernier trimestre de l’an dernier, 58% de tous les achats immobiliers de plus de trois millions de dollars aux Etats-Unis ont été le fait de sociétés à responsabilité limité.

Ex-gouverneur de la capitale du Brésil Brasilia, Paulo Octavio Alves Pereira a été inculpé pour corruption en 2012. Entre son accusation et son inculpation, il a eu le temps d’acheter un appartement de 2,95 millions à Miami. Selon le Miami Herald, qui a pu analyser les Panama Papers, l’achat s’est effectué à travers une société offshore dénommée Isaias 21 Property domiciliée à Miami Beach. Mais la gestion de l’appartement était le fait d’une autre société offshore, Mateus 5 International Holding, domiciliée dans les Iles Vierges britanniques. En réalité, le vrai propriétaire était Paulo Octavio Alves Pereira. Son cas ne semble être que la pointe de l’iceberg. «Les personnes qui veulent blanchir de l’argent sale vont toujours essayer de pénétrer le système en son point le plus faible, relève Joe Kilmer, un ancien agent spécial de la Brigade des stupéfiants. Il y a tellement de ventes immobilières dans le sud de la Floride qu’il est facile de passer inaperçu, même à la vue de tous.» Les Panama Papers ont permis d’identifier dix-neuf acheteurs étrangers ayant acquis un bien immobilier à Miami par le biais d’une société offshore. Huit d’entre eux sont liés à des affaires de corruption et d’évasion fiscale.

La Floride est loin d’être la seule affectée par le phénomène. Aux Etats-Unis, plus de 104 milliards de dollars ont été investis avant tout en cash par des étrangers en provenance de Chine, du Canada, d’Inde, du Mexique et du Royaume-Uni dans l’immobilier américain entre avril 2014 et mars 2015. A New York, des appartements proches de Central Park sont vendus parfois pour des sommes extravagantes. Dans une tour érigée récemment à la 57e rue à Midtown, certains appartements se vendent pour plus de 100 millions de dollars. Certaines transactions se font par le biais de sociétés de trust domiciliées dans le Dakota du Sud, le Wyoming, le Nevada ou le Delaware. L’État fédéral a mené des enquêtes sur les véritables propriétaires de certains biens immobiliers à New York. Elles ont révélé que derrière des sociétés-écrans se cachaient notamment d’anciens sénateurs russes ou un homme d’affaires proche du premier ministre malaysien, lui-même sous enquête.

Les craintes de Washington de voir le marché immobilier se transformer en réceptacle de l’argent sale ne datent pas d’aujourd’hui. Dans les années 1990 et début 2000, le crime organisé avait déjà mis la main sur de nombreux biens immobiliers dans les grandes villes américaines. Le Patriot Act de 2001 aurait dû empêcher cette dérive. Mais les pressions des milieux immobiliers ont permis d’exempter pour quinze ans le secteur de l’obligation de connaître l’identité de l’acheteur à l’image des banques envers l’ayant droit économique d’un compte.

Face à la hausse des risques de blanchiment, Washington a toutefois imposé en mars de nouvelles règles aux deux villes les plus vulnérables. Les autorités exigent une photocopie de la carte d’identité de toute personne possédant plus de 25% de la société offshore acquérant un bien immobilier de plus de trois millions à New York et d’un million à Miami. La règle, qui expirera en août prochain déjà, va freiner un secteur du luxe paradoxalement en léger déclin à un moment où le nombre d’objets immobiliers à vendre outre-Atlantique est en baisse de 1,1% (février).

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