Courtage

L’immobilier de luxe retrouve des acheteurs à Genève

Les ventes des propriétés de plus de 5 millions s’accélèrent. Les acheteurs, désormais, peuvent fixer leur prix

Il y a eu l’écrivain Paulo Coelho en février: 10 millions de francs. Autre acquisition en mars, pour 14 millions: celle de Torbjörn Törn­qvist, l’un des dirigeants de Gunvor – quatrième négociant de pétrole au monde. Plus médiatisée, l’une des princesses de la famille royale saoudienne a rejoint la liste début août pour une somme record de 57,5 millions. Au total, depuis le début de 2013, 27 personnes ou entités se sont offert une propriété de plus de 5 millions de francs dans le canton de Genève selon la Feuille d’avis officielle.

Pour l’heure, c’est à peine plus de transactions qu’il y a un an (25 ventes entre janvier et août 2012). Mais selon différents observateurs, la tendance va s’accélérer, car les prix des biens «de prestige» ou «haut de gamme» sont en baisse. Le recul va de 20 à 25% en comparaison avec les dernières années. «Normal, analyse Yaël Nespolo, directrice de la filiale genevoise de John Taylor. Les prix étaient jusqu’alors injustifiés et surfaits.»

«Le début d’année a été très difficile pour nous, commente Frédéric Louis Quennoz, partenaire pour la Suisse de l’agence française Emile Garcin. Il y a eu une période d’incertitudes. Beaucoup de nos clients européens, arrivés dans la précipitation ces derniers mois, nous ont d’abord demandé des biens de location. Mais aujourd’hui, après une période de repérages, ils sortent le chéquier», se réjouit le Valaisan. D’icià la fin de l’année, pronostique-t-il, le marché de l’immobilier haut de gamme connaîtra «un envol».

Patron de Leonard Properties, Léonard Cohen se réjouit de cette reprise «très concrète». «Lundi, j’ai signé deux contrats. Et la semaine passée, j’ai réussi trois ventes. Alors que pendant des mois, rien», explique-t-il. L’intéressé estime que la baisse de 20-25% des prix évoquée par ses confrères est néanmoins surestimée: «Dans les transactions réelles, je pense que les prix baissent de 5 à 10%. Ce qui a surtout baissé, ce sont les rêves des vendeurs…»

Malgré tout, les exigences des banques pour des propriétés de ce genre restent élevées. «De l’ordre de 33 à 40% de fonds propres sont exigés pour des biens de plus de 2,5 millions», note Léonard Cohen. Pour autant, les taux d’intérêt bas – le «coût de l’argent» – continuent de séduire de plus en plus de particuliers fortunés, qui gagnent à devenir propriétaires.

Ces derniers, encore dernièrement contraints de payer le prix fort pour s’offrir un pied-à-terre au bord du lac, «ont désormais le bon rôle», analyse Philippe Cardis. Le directeur général de la nouvelle société Cardis-Sotheby’s International Realty estime que le marché du haut de gamme est «dans un moment d’adaptation psychologique où les propriétaires doivent accepter de revoir leurs exigences à la baisse». Selon lui, «cela faisait plus d’une année que l’on sentait que le marché allait se transformer». C’est maintenant chose faite. «Nous sommes passés dans un marché d’acheteurs qui peuvent fixer leur prix», note Frédéric Louis Quennoz. Plusieurs courtiers sont d’accord pour dire que le travail consiste aujourd’hui «à raisonner le vendeur à baisser ses prix». «Ceux qui achètent aujour­d’hui recherchaient des biens sur le marché depuis une année ou deux, mais craignaient la bulle», confirme Yaël Nespolo.

Témoin: cette propriété «pieds dans l’eau» (ci-dessus) de la rive gauche, dans la commune d’Anières, disposant de sa propre marina, le tout imaginé par l’architecte suisse Jean-Marc Lamunière dans les années 1970. Les intéressés en proposent aujourd’hui des offres 20% plus basses que la valeur du marché. Sachant que le marché est en baisse et que ce type d’acquéreurs restent soumis à une incertitude fiscale et bancaire, ce bien devrait trouver preneur pour 25 millions de francs, estime Frédéric Louis Quennoz.

En outre, le mythe de l’oligarque russe ou du cheikh saoudien débarquant à Cointrin avec des moyens illimités s’est envolé. «Ces dernières années, tout le monde espérait trouver le client russe qui allait payer plein tarif, se souvient Léonard Cohen. Mais c’est fini. Aujourd’hui, il est souvent très bien conseillé par un bataillon d’avocats. Ce qui pousse les prix du haut de gamme à devenir réalistes.»

Certains intermédiaires profitent de cette tendance pour renforcer leurs bureaux régionaux. S’adressant traditionnellement à de riches familles françaises, l’agence Emile Garcin, spécialisée dans le luxe, vient d’emménager dans de nouveaux locaux sur les quais de Cologny. Un nouveau collaborateur arrive tout juste de Paris. «Sur ce marché, il y a encore une place à prendre», estime le courtier.

«Après une périodede repérages, nos clients européens sortent aujourd’hui leurs chéquiers»

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