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L’«Impact Investing» au service de la formation

OPINION. L’éducation reste un objectif majeur du développement, mais les budgets publics se réduisent. L’investissement à impact est une alternative séduisante

Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive». Celle-ci vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires.

Nous cherchons des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus intelligentes, qui contribuent à mieux répartir ce qu'elles génèrent entre toutes les parties concernées.

Il y a déjà trois ans, les Nations unies annonçaient les 17 objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Parmi eux, le numéro 4 intitulé «Education de qualité». Cet objectif vise non seulement à donner accès à l’éducation pour tous, mais aussi à atteindre un niveau de qualité de l’éducation satisfaisant.

Bien que les inscriptions dans l’éducation primaire aient aujourd’hui atteint 91% dans les pays émergents, nombreux sont les jeunes qui ne peuvent poursuivre leur cursus en écoles secondaires et encore moins dans l’enseignement supérieur. Face à une demande croissante, les budgets des gouvernements en matière d’éducation ne font pourtant que de diminuer alors que la part des donations vouées à ce domaine ne représente qu’une partie infime de l’ensemble des donations au niveau mondial.

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Les intérêts très élevés du crédit classique

L’enseignement supérieur est aujourd’hui l’une des préoccupations principales pour de nombreux parents, qui ne disposent pas de moyens suffisants pour offrir une formation supérieure de qualité à leurs enfants. Et la croissance de la classe moyenne dans un grand nombre de pays a fait éclater la demande de financement pour les études supérieures d’étudiants talentueux. Le secteur financier traditionnel, basé sur un historique de crédit de l’étudiant, propose en règle générale des prêts à des intérêts élevés et qui engendrent un risque de surendettement pour les débiteurs, tout particulièrement dans les pays émergents. La création de structures innovantes dans la finance à impact permet en revanche d’investir dans des projets de formation supérieure à des coûts acceptables pour les jeunes qui ont de l’ambition.

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La finance à impact se positionne aujourd’hui comme un acteur majeur de la réussite de l’objectif onusien de formation. Alors que la finance durable vise entre autres à éviter les investissements dans certains secteurs nuisibles à la société (armes, tabac par exemple), les ambitions de l’investissement à impact vont plus loin. Ce dernier cherche activement à placer du capital dans des actifs réels pour améliorer le niveau de vie de la société.

Titrisation de prêts aux étudiants

Pourvu d’un rendement commercial, chaque investissement à impact se doit, par essence, d’évaluer son effet par le biais de mesures sociales quantitatives. Il s’agit par exemple du nombre de micro-entrepreneurs ayant accès au financement, du volume d’eau pure distribuée à une certaine communauté, ou du nombre d’étudiants ayant accès à une éducation de qualité. Dans cette perspective, le thème de l’éducation au sein de la finance à impact bénéficie d’un fort intérêt de la part des investisseurs. Ces derniers ayant eux-mêmes souvent bénéficié d’une formation de qualité, ils s’identifient facilement à cette cause et reconnaissent la valeur ajoutée d’une éducation de bon niveau pour les jeunes.

Grâce notamment à des d’obligations, les investisseurs effectuent un placement de titrisation de centaines de prêts octroyés à des étudiants talentueux. En focalisant l’analyse sur les rendements futurs prometteurs de ces derniers, plutôt que sur un historique de crédit souvent inexistant, la finance à impact réussit à émettre des prêts à des intérêts raisonnables.

Les débuts de l'«EdTech»

Les avantages d’un tel financement sont multiples à la fois pour l’étudiant et l’investisseur. Les étudiants ont accès à un financement à des taux modérés leur permettant d’accéder à une université de qualité. Ce type de prêt offre aussi à l’étudiant une période de grâce lors de son cursus universitaire, car l’emprunt n’est remboursé qu’une fois les études achevées et l’obtention d’un emploi, doté d’un salaire important. Les investisseurs, quant à eux, en se dédiant à une cause importante, bénéficient parallèlement d’un rendement commercial généré par l’investissement dans des obligations titrisées. Leurs investissements sont à la fois diversifiés au niveau des centaines de sous-jacents (prêts de qualité à des étudiants talentueux) et peu corrélés aux marchés de capitaux puisqu’il s’agit de capital privé.

Au-delà de l’enseignement supérieur, la finance à impact est de plus en plus présente dans le domaine de l’«EdTech», une industrie innovante visant à faciliter au travers de nouvelles technologies l’accès à l’éducation dans des régions isolées d’un milieu éducatif. Le secteur de la microfinance s’intéresse également au thème de l’éducation en consacrant une partie de son portefeuille à des micro-prêts spécifiquement conçus pour financer des études et contractés par les parents. La finance à impact est ainsi à la recherche continue de structures innovantes et rentables pour soutenir une éducation de qualité tout en permettant à des investisseurs d’avoir un impact tangible à grande échelle sur l’avenir de notre jeunesse.

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