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L’importance primordiale du choix de la devise

En plaçant une partie de ses actifs en dehors de sa monnaie, l’investisseur prend inévitablement un risque

L’importance primordiale du choix de la devise

Investissements En plaçant une partie de ses actifs en dehors de sa monnaie, l’investisseur prend inévitablement un risque

Une gestion de fortune efficace passe par une diversification en monnaies étrangères. Car en élargissant son univers de placements aux principaux marchés, on optimise son rapport risque-rendement. C’est particulièrement judicieux pour un investisseur en franc suisse. En effet, les placements dans cette devise sont peu nombreux et ne représentent qu’une fraction des véhicules d’investissement disponibles sur les marchés. Il n’en reste pas moins que l’introduction de monnaies étrangères va accroître le risque du portefeuille, en ajoutant une source de volatilité supplémentaire. Ce facteur est d’autant plus important que les fluctuations des changes sont parfois très fortes à court terme. C’est pourquoi les choix en matière de devises sont primordiaux, quel que soit le type de placement.

Idéalement, l’investisseur sera doublement récompensé s’il choisit un marché qui monte et dont la monnaie s’apprécie vis-à-vis de sa monnaie de référence. Mais il peut jouer de malchance et encaisser à la fois une perte sur son capital en monnaie étrangère et une perte de change si la devise se déprécie. L’introduction de l’euro a éliminé ce risque de change à l’intérieur de la zone qui regroupe les dix-huit pays qui participent à l’Union économique et monétaire. Pour un investisseur raisonnant en franc suisse et actif sur les principaux marchés internationaux, les devises étrangères se limitent au dollar, à l’euro, à la livre sterling et au yen.

Qu’est-ce qui détermine les variations d’une monnaie?

Sur le long terme, on peut dégager une tendance sous l’influence de différents facteurs économiques, comme l’indique Frederic Mishkin dans son ouvrage de référence Monnaie, banque et marchés financiers (2013): les niveaux comparés des prix; les barrières commerciales; les préférences relatives aux biens domestiques; la productivité. Le niveau comparé des prix se base sur la théorie de la parité des pouvoirs d’achat (PPA).

Selon cette théorie, le taux de change doit s’ajuster pour compenser la différence des niveaux de prix entre les différentes économies. Par exemple, si les prix dans un pays A sont supérieurs à ceux d’un pays B, la monnaie du pays A doit se déprécier par rapport à celle du pays B. De manière corollaire, lorsqu’une économie connaît une forte inflation sur une longue période, en tout cas plus élevée que celle de ses partenaires commerciaux, la valeur de sa monnaie va subir une tendance à la baisse. Les barrières commerciales protégeant une économie provoquent une appréciation de sa monnaie sur le long terme. En effet, en limitant ses importations, le pays protectionniste accroît la demande pour ses propres produits, ce qui favorise la hausse de sa monnaie. Les préférences relatives aux biens domestiques ou étrangers résument simplement le fait qu’une hausse de la demande des produits exportés d’un pays provoque une appréciation de sa monnaie sur le long terme, alors que l’accroissement de la demande des produits importés entraîne une dépréciation de sa monnaie. Enfin, sur le long terme, plus une économie devient productive par rapport aux autres, plus sa monnaie prend de la valeur.

La fuite vers la qualité

A court terme, les prévisions des taux de change sont beaucoup plus aléatoires que sur la longue durée. Ils peuvent même connaître des variations de plusieurs pour cent en une seule journée à la suite de réactions purement émotionnelles. Sur quelques mois, l’évolution des cours de change est également fortement influencée par des facteurs psychologiques. Par exemple, lors de l’éclatement de la crise des «subprime» entre septembre 2007 et avril 2008, le dollar a d’abord logiquement perdu de la valeur, comme l’explique Frederic Mishkin, en réponse à l’abaissement des taux d’intérêt aux Etats-Unis, alors que les autres banques centrales, comme la BCE, laissaient les leurs inchangés. Puis, la crise s’étendant à la planète entière, les banques centrales des autres pays ont à leur tour réduit leur taux, rendant par là le billet vert plus attractif et le faisant remonter.

Mais le redressement du dollar ne peut s’expliquer par ce seul facteur. Il faut aussi compter avec ce phénomène qu’on appelle «la fuite vers la qualité»: au paroxysme de la crise, en septembre et octobre 2008, les bons du Trésor américains sont apparus comme le placement le plus sûr du monde, alors que les Etats-Unis étaient paradoxalement à l’origine de la crise et continuaient d’accumuler une énorme dette.

* Journaliste indépendant

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