C’est la dernière invention technico-financière qui fait un malheur, mais on ne sait pas encore de qui. Les ICO – pour Initial Coin Offerings – permettent de lever des fonds en bitcoin et autres cryptomonnaies. Plus de 2 milliards de dollars sont ainsi venus garnir les portefeuilles électroniques d’entrepreneurs cette année, avec ces opérations à mi-chemin entre l’artisanat de kickstarter et une introduction en bourse.

Ce succès n’est pas surprenant du point de vue de ceux qui lèvent des capitaux. Il leur suffit de résumer brièvement leur projet pour profiter de la frénésie actuelle. En revanche, les investisseurs dans les ICO n’ont aucun droit, si ce n’est celui d’acquérir l’éventuel futur produit ou service de l’entreprise financée. Ou alors la possibilité de vendre ce droit, dont la valeur pourrait avoir augmenté. Pourtant, ils sont des centaines de milliers à avoir mis de l’argent dans des ICO. Même des professionnels s’y mettent, rapportait récemment le Wall Street Journal.

Pour une fois, la Suisse ne regarde pas la nouveauté d’un œil circonspect. C’est même l’inverse: les ICO se multiplient dans notre pays, et pas seulement dans la cryptovalley zougoise. La preuve, la Finma s’en est aperçue. Mieux encore, le gendarme des marchés en est à sa deuxième mise en garde en dix jours à propos des ICO.

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Son avertissement de vendredi cible surtout les initiateurs, leur rappelant qu’ils pourraient être soumis à la réglementation financière existante (ils font appel au public, après tout).

L’inhabituelle réactivité du gendarme des marchés vient peut-être du fait que les ICO lui soumettent un trilemme redoutable. La Finma veut à la fois encourager l’innovation, protéger les investisseurs et ne pas engager sa responsabilité en laissant faire des opérations explosives. Il paraît difficile de résoudre ce dilemme à trois alternatives. Il sera intéressant de voir laquelle sera sacrifiée (la troisième paraît la moins susceptible de l’être).

En attendant, la Finma a déjà réalisé une première mondiale, à notre connaissance. Elle a sanctionné des acteurs qui avaient créé une «pseudo-cryptomonnaie», c’est-à-dire une variante bricolée de ces étranges devises. Comme si les cryptomonnaies n’étaient pas assez explosives.


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