Les Etats-Unis ont annoncé vendredi des chiffres sur l'emploi pour juillet plutôt rassurants (lire ci-dessous). Les craintes d'un resserrement monétaire ont donc été calmées, ce qui a poussé le dollar à la baisse et requinqué (quoique légèrement) l'euro qui est passé brièvement au-dessus de 0,91 dollar. Après une baisse relativement importante de la monnaie américaine dès la mi-mai, celle-ci s'est à nouveau redressée en juillet pour s'approcher désormais d'un sommet par rapport à l'euro. Et de l'avis des analystes du Credit Suisse Private Banking (CSPB) tout comme de l'économiste de Darier Hentsch & Cie Jean-Claude Manini, cette forte volatilité du marché des changes devrait se poursuivre. Pour une raison simple: personne ne peut affirmer avec certitude ce qu'il va advenir de l'économie américaine. Va-t-elle opérer un ralentissement en douceur ou non? En conséquence, la Réserve fédérale américaine va-t-elle continuer à durcir sa politique monétaire?

Pourtant, il y a encore quelques semaines, d'aucuns n'hésitaient pas à voir dans l'affaiblissement provisoire du dollar le signe précurseur d'une nouvelle tendance favorable à la devise européenne. Une étude du CSPB relevait, fin juin, que «plusieurs indicateurs suggèrent que l'économie américaine ralentit. (…) La raison principale de la force du dollar contre l'euro et le franc suisse ces dix-huit derniers mois réside dans la différence exagérée entre la croissance des deux continents. Maintenant que cette différence s'estompe, le dollar risque de chuter.»

Une statistique en particulier a bousculé ce scénario optimiste, celle de la croissance américaine du PIB au deuxième trimestre. A +5,2% – un chiffre bien plus élevé que prévu –, on peut difficilement parler de rafraîchissement de l'économie. Et qu'importent les appels à la relativisation des analystes. «Une fois encore, le scénario d'un atterrissage en douceur a été remis en question et le dollar a gagné du terrain sur l'euro», rappelle Benedikt Germanier, du CSPB. En fait, les signaux en provenance des Etats-Unis sont tellement confus, constate Jean-Claude Manini, que chacun peut y trouver son compte. Et les marchés y perdre leur latin. D'un côté, «la croissance au deuxième trimestre est plus forte qu'au premier et l'indice du niveau de confiance des consommateurs reste très élevé. De l'autre côté, la consommation a ralenti notablement et les intentions d'achat, notamment de biens durables sensibles aux taux d'intérêt, baissent un peu», résume l'économiste qui poursuit: «On attendait un détonateur pour assister à une remontée de l'euro. Mais les choses ne sont pas si claires que cela aux Etats-Unis.»

La forte croissance américaine n'explique pas à elle seule ce revirement de tendance. François Savary, responsable de la stratégie de placement à la Deutsche Bank (Suisse), met également en avant des ventes d'euros par des opérateurs japonais déçus, intervenues en début de semaine, ainsi que d'importants flux d'investissements européens aux Etats-Unis, témoins les rachats de VoiceStream par Deutsche Telekom et de PaineWebber par UBS.

A nouveau, le niveau de la devise européenne fait craindre un accroissement de l'inflation: «La faiblesse de l'euro favorise les exportations alors que la consommation se reprend fortement», souligne François Savary. Dans ce contexte, estime-t-il, une hausse des taux d'intérêt par la Banque centrale européenne sera bienvenue à la fin de l'été, même si l'atterrissage en douceur de l'économie américaine venait à se confirmer. «L'Europe en subirait un impact dans les six à douze mois, mais pas de manière dramatique.»