Pour la Réserve fédérale américaine (Fed), c’est le nouveau maître mot: incertitude. Lors de sa dernière conférence de presse le 15 décembre, Janet Yellen, présidente de l’institution, disait déjà opérer «sous un nuage d’incertitudes». Les minutes de la dernière réunion, publiées mercredi soir, détaillent ces questionnements. Ils sont en grande partie liés au programme que mettra en place Donald Trump, qui entre en fonction le 20 janvier.

A lire: Les minutes de la réunion de la Fed des 13 et 14 décembre (en anglais)

Le comité de politique monétaire (FOMC) avait décidé en décembre de relever ses taux d’intérêt, entre 0,5% et 0,75%. Désormais, il est possible que le rythme de hausse des taux s’accélère, prédit-il. «Une politique budgétaire plus expansionniste pourrait porter la demande finale au-delà de niveaux soutenables, nécessitant potentiellement une politique monétaire plus restrictive qu’actuellement envisagée», révèlent les minutes, qui détaillent les débats et donnent les noms des membres présents, mais sans dire quels étaient les avis de quel membre.

Plan de relance

Lors de sa campagne, Donald Trump a dit sa volonté de baisser les impôts des entreprises, de favoriser les exportations et de taxer les importations et, surtout, de mettre en place un plan de relance de l’économie, consistant surtout à construire ou à améliorer les infrastructures, à hauteur de 500 milliards de dollars (près de 508 milliards de francs).

La Fed a déjà défendu cette idée depuis la crise financière de 2008 et Barack Obama y était favorable, mais sans pouvoir compter sur l’appui nécessaire du Congrès qui s’inquiétait de voir se creuser la dette publique (105% du produit intérieur brut, selon les prévisions du FMI). Même si la Fed y est plutôt ouverte, cela risque de changer les données dans la conduite de sa politique monétaire, à la fois en raison de l’accélération de la croissance – avec un risque de surchauffe et de poussée inflationniste – et du trou dans les déficits publics que le plan créerait. Calendrier, ampleur et nature

Surtout, le manque de détails «complique encore davantage» le travail, souligne la Fed, qui pointe «l’incertitude considérable sur le calendrier, l’ampleur et la nature de toute mesure budgétaire future».

Avec ou sans plan de relance, un autre facteur pourrait pousser la Fed à aller plus vite dans ses tours de vis. Ces dernières années, elle a lié ses décisions à l’évolution du marché du travail. Or, en novembre dernier, le taux de chômage atteignait 4,6% et, selon un sondage réalisé auprès d’économistes américains par le Wall Street Journal, il devrait s’établir à 4,7% en décembre. Les chiffres officiels seront divulgués vendredi. C’est le niveau le plus bas depuis la crise de 2008.

Prochaine réunion fin janvier

Une baisse continue pourrait alimenter l’inflation, via des hausses de salaires, ce qui inquiète certains membres du FOMC. On en est encore loin du compte: en novembre, les prix à la consommation ont augmenté de 1,4%, alors que l’objectif de la Fed se trouve aux environs de 2%. La croissance, elle, a été révisée à 3,5% au troisième trimestre, le rythme le plus soutenu de ces deux dernières années.

La Fed tient sa prochaine réunion le 31 janvier et le 1er février prochains. Rares sont les experts à en attendre quelque chose de concret. Selon les calculs de CME Group, la plus grande bourse pour les contrats à terme, le marché évalue à 4% la probabilité d’une hausse des taux à cette occasion.