Entre vendredi dernier et ce lundi, les bourses européennes ont perdu entre 2 et 8% de leur valeur. Mais le scénario pourrait être pire. «Personne n’ose l’anticiper tant les effets sont imprévisibles, déclare Marc Bürki, directeur de la banque en ligne Swissquote. Nous n’y arriverons sans doute pas; lorsqu’ils se trouveront au bord du précipice, les dirigeants européens finiront par prendre les mesures qui s’imposent.»

Dans la tourmente, l’Espagne. Le plan d’aide européen aux banques menacées de faillite, jusqu’à 100 milliards d’euros, adopté vendredi par l’Eurogroupe, n’a pas suffi à rassurer les marchés. D’autant plus qu’il est contesté, notamment devant la justice allemande, dont le verdict tombera le 12 septembre. «Le marché n’aime pas ce genre d’incertitude, explique Marc Bürki. Et il le fait savoir en imposant un taux d’emprunts de 7,5% sur les obligations d’Etat espagnoles à 10 ans.»

Que pourrait entreprendre Madrid pour renverser la vapeur? Pratiquement rien, selon le patron de Swissquote. En revanche, la réponse pourrait venir de la solidarité au sein de l’Union européenne. «Des pays solvables (Allemagne, Pays-Bas, Danemark) devraient soutenir ceux qui ne le sont pas, poursuit-il. C’est tout de même paradoxal qu’une partie de la famille se refinance à un taux négatif et que l’autre se voie imposer un taux de 7,5%.» Dans ce contexte, Marc Bürki se dit favorable à l’émission d’euro-obligations par la Banque centrale européenne à un taux raisonnable au nom des pays ayant un accès plus difficile aux marchés des capitaux. «Il s’agit là d’une réponse cohérente à une crise qui, si elle s’aggrave, frappera l’ensemble de la zone euro et au-delà», dit-il.

Le problème ne se résume pas à la dette de l’Etat espagnol, qui s’élève à 743 milliards d’euros, soit à 68,5% du PIB. Tout aussi endettées, les régions doivent honorer jusqu’à 15 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année. Selon le quotidien El Pais de dimanche, la Murcie, la Castille, les Canaries, les Baléares ainsi que la Catalogne ont appelé Madrid à leur secours.

L’agence de notation Standard and Poor’s a laissé la note de la région espagnole de Valence inchangée après sa demande d’aide financière à l’Etat espagnol, estimant que le risque de manque de liquidité était écarté cette année.

Et pour ne rien arranger, la Banque d’Espagne a annoncé lundi une accélération de la récession au deuxième trimestre 2012, avec une contraction de l’activité de 0,4%. Pour l’année, elle sera de 1,5%. Le taux de chômage monte à 21,6%, à 42% pour les 17 à 25 ans.

De quoi nourrir des spéculations selon lesquelles une intervention massive pour aider l’économie espagnole serait justifiée. Démenti lundi du ministre espagnol de l’Economie, Luis de Guindos, qui a déclaré qu’aucun plan n’était en vue et que le pays avait la capacité de croissance. Le ministre qui a interdit lundi les ventes d’actions à découvert, histoire de mettre les entreprises à l’abri de la spéculation, a affirmé que l’Espagne était solvable.

La Grèce constitue l’autre épine dans le pied européen qui a fait dévisser les marchés. Un nouveau gouvernement est en place après deux élections législatives et les premières consultations avec la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) sont prévues ce mardi. Elle analysera la mise en place des réformes avant de décider de débloquer la prochaine tranche d’aide. Athènes doit rembourser 3,1 milliards d’euros à la BCE pour fin août. Or Der Spiegel de lundi a affirmé que le FMI mettrait fin à son soutien à la Grèce, ce qui conduirait à sa faillite en septembre. Citant un haut fonctionnaire à Bruxelles, le magazine allemand avance que la troïka est désormais convaincue qu’Athènes n’est pas en mesure d’atteindre ses objectifs de réduire sa dette à 120% du PIB en 2020, contre 165% à présent. Dans un communiqué envoyé à la presse, le FMI ne dément pas les informations du Spiegel .

La troïka est convaincue qu’Athènes n’atteindra pas l’objectif de réduire sa dette à 120% du PIB