Le Temps: Peut-on compter sur l’économie chinoise pour stimuler la croissance mondiale?

Andreas Hoefert: C’est déjà le moteur de la moitié de l’économie mondiale: le Sud-Est asiatique et les pays qui y sont exposés comme les exportateurs de matières premières, mais aussi l’Allemagne, la Suisse, le Benelux et la Scandinavie. Ce sont ces pays qui s’en sortent mieux que les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni.

Michel Juvet: Pour les Européens et les Américains, la Chine n’est pas un moteur. Les Occidentaux [Suisses exclus] ont un déficit commercial vis-à-vis de ce pays. La Chine nous pompe en réalité de la croissance puisqu’elle exporte plus qu’elle ne nous importe.

Andreas Hoefert: Ce n’est pas forcément vrai pour l’Allemagne, qui profite également du dynamisme de l’Asie du Sud-Est. Cela dit, lorsqu’on évoque les risques en 2011, on pense à l’euro, à la faillite d’une municipalité américaine. Mais on oublie une surchauffe de la Chine, qui impliquerait une politique monétaire restrictive. Comme en 2008.

Michel Girardin: Ce n’est pas un problème. Il suffit de relever les taux. Il est plus facile d’agir contre une économie qui va trop bien.

– On se dirige donc vers un changement de la donne monétaire par Pékin?

– M. Ju.: Il s’agit plus de savoir quand ils le feront, plutôt que s’ils le feront. S’ils le font rapidement, c’est dangereux, on craint l’atterrissage forcé comme avant Tiananmen. Tout le monde disait déjà en 2006 qu’il était plus facile d’agir contre une économie qui va trop bien alors qu’il y avait une bulle immobilière aux Etats-Unis. De même qu’en 1989 au Japon…

– M. Gi.: Mais les autorités n’ont rien fait.

– M. Ju.: Et les Chinois seraient-ils plus intelligents que les autres?

– M. Gi.: Ils ont déjà commencé à agir et à resserrer les coûts du crédit. Regardez la Suisse, la BNS peut seulement agiter le drapeau rouge pour mettre en avant le risque de bulle immobilière, mais elle ne peut rien faire. Le franc est à un niveau tel qu’elle ne peut pas relever les taux. La Chine n’est pas dans cette situation. Elle a une monnaie sous-évaluée.

– M. Ju.: Cette sorte de croyance dans la capacité des autorités chinoises de tout comprendre et de tout gérer parfaitement est gênante. Les Chinois continuent à acheter de l’immobilier car ils sont convaincus que les autorités ne laisseront jamais tomber ce marché. C’est avec ce genre de réflexe qu’on perpétue les bulles.

– M. Gi.: La Chine n’est pas la seule à faire face à ce problème. Toutes les banques centrales devraient arrêter de se concentrer sur l’inflation du panier des ménages et inclure les prix de l’immobilier dans leur mesure de l’inflation. La grande erreur du Japon se trouve là. Les banques centrales affirment qu’elles ne savent pas ce qu’est une bulle spéculative, qu’on ne peut pas la mesurer et qu’elle devient visible seulement quand elle explose. Donc elles ne veulent pas agir de manière préventive. Alors que c’est le seul moment où elles pourraient être efficaces.