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A Panama City, le bâtiment qui abrite le siège de Mossack Fonseca, avril 2016.
© Arnulfo Franco

Panama

L’incroyable histoire du cabinet panaméen Mossack Fonseca

Créé sous la dictature, le cabinet d’avocats d’où part le scandale des «Panama Papers» s’est spécialisé dès le début de ses activités dans la création de sociétés écrans

Il faut prononcer son nom pour voir, dans la seconde, se fermer les visages et s’éteindre les voix. Au Panama, Mossack Fonseca est une de ces firmes toutes puissantes, dont l’activité est intimement liée à l’histoire du pays. Une histoire gangrenée par la corruption et l’argent sale depuis les années de dictature de Manuel Noriega, dont Mossack Fonseca a pris toute sa part.

«Les sombres affaires de Mossack Fonseca sont mises sous le boisseau par le gouvernement. Personne ne vous parlera. Ici la collusion d’intérêts entre le pouvoir et les grandes compagnies est totale», assure Miguel Antonio Bernal, professeur de droit à l’Université du Panama, opposant historique à Noriega et à l’ex-président corrompu Ricardo Martinelli.

Dès la naissance du cabinet, une odeur de soufre

La naissance du cabinet conseil, en 1977, sentait déjà le souffre. A cette époque, pour doper son économie et tirer parti de son plus précieux atout – sa position géographique, entre les deux Amériques et les deux plus grands océans – le Panama entreprend de bâtir un centre financier puissant, capable de rivaliser avec les places financières d’Europe et d’Asie.

Il l’assoit sur un secret bancaire inviolable, cadenassé par la loi, et une fiscalité zéro pour les revenus issus de l’étranger. C’est assez pour que tout ce que la finance mondiale compte d’acteurs s’installe dans le pays: grandes institutions financières emmenées par les banques américaines, cabinets d’avocats, administrateurs de biens… «Au Panama, en matière de blanchiment, on fait tout: on lave, on rince et on sèche», sourit Miguel Antonio Bernal.

L’étude d’avocats fiscalistes Mossack Fonseca ne met pas longtemps à comprendre l’intérêt de vendre une garantie de confidentialité absolue aux grandes fortunes et aux investisseurs internationaux. Le business des «shell companies», ces sociétés écrans immatriculées dans des juridictions opaques d’un bout à l’autre de la planète, est lancé.

Des fondateurs au profil peu reluisant

L’histoire ne dit pas précisément comment les deux avocats fondateurs de la firme, Jürgen Mossack et Ramon Fonseca Mora, se sont rencontrés, ni le pacte qui les lie. Mais elle met en perspective leurs passés chargés. L’un, Jürgen Mossack, est un Panaméen d’origine allemande, fils d’un ancien officier de la Waffen-SS, selon des documents des services de renseignement de l’armée américaine, obtenus par Le Monde et ICIJ. L’autre, Ramon Fonseca Mora est Panaméen, depuis toujours proche des milieux politiques, y compris sous la dictature. Il est vice-président du parti panamiste, le parti nationaliste arrivé au pouvoir mi-2014, et lié à l’actuel chef de l’Etat, Juan Carlos Varela.

Mossack Fonseca compte ainsi rapidement parmi ses clients des dirigeants de pays corrompus et de régimes autoritaires, voire des réseaux criminels de haut vol. Le magazine américain Vice, l’un des premiers à avoir identifié le rôle joué par la firme dans le blanchiment d’argent international, écrit le 3 décembre 2014 avoir la preuve que «Mossack Fonseca a servi d’agent d’enregistrement de sociétés écrans, pour des criminels et des voleurs notoires […] dont des associés de Mouammar Kadhafi, Robert Mugabe [président du Zimbabwe] […] et l’oligarque [argentin] Lazaro Baez soupçonné par la justice américaine d’avoir blanchi des dizaines de millions de dollars.»

Entre autres, Vladimir Poutine et le cousin de Bachar Al-Assad

Les «Panama papers» viennent compléter le tableau. La firme a travaillé avec 33 personnes ou entités frappées d’un embargo des Etats-Unis. Elle a bâti des sociétés écrans pour l’entourage du président russe Vladimir Poutine ou le cousin du président syrien Bachar Al-Assad, mais aussi pour des politiques poursuivis pour blanchiment de fraude fiscale.

Au fil des années, Mossack Fonseca a étendu son empire, au point d’être désormais présente dans plus de quarante pays. Le cabinet-conseil a acquis une telle influence que Ramon Fonseca Mora a été nommé conseiller du président de la République et assiste au conseil des ministres. Les Panaméens assurent voir passer chaque semaine au-dessus des gratte-ciel du centre financier l’hélicoptère qui conduit l’homme d’affaires au palais présidentiel.

Rattrapé par le grand scandale de corruption Petrobras

Depuis le 11 mars pourtant, l’hélicoptère reste au sol. Ce jour-là l’influent avocat a été rattrapé par le grand scandale de corruption Petrobras – du nom de l’entreprise publique pétrolière du Brésil, qui déstabilise jusqu’à la présidente du pays, Dilma Rousseff. Mossack Fonseca est soupçonnée par la justice brésilienne d’avoir aidé à dissimuler des avoirs, des membres de sa filiale brésilienne ont été interpellés. Ramon Fonseca a démissionné de son poste à la présidence.

Le début des ennuis pour Mossack Fonseca? Les avocats assurent n’avoir pour seul but que de préserver la confidentialité de leurs clients, notamment ceux qui fuient les dictatures. Jusqu’ici le secret des affaires a protégé la firme panaméenne. Qu’en sera-t-il demain? En 2006, les douanes panaméennes avaient intercepté un paquet contenant 45 diamants de contrebande en provenance d’Afrique du Sud, destiné à une fondation panaméenne. Un document officiel, sur la marchandise, mentionnait le nom de Mossack Fonseca. Le scandale a fait long feu.


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