L’Inde commande 38 Pilatus de plus

Aviation Trente-huit PC-7 MkII seront livrésà New Delhi

Des polémiques ont émaillé l’acquisition

L’Inde a décidé d’acheter une nouvelle série de 38 avions d’entraînement Pilatus PC-7. C’est ce qui ressort des décisions prises ce week-end à Delhi par le Conseil des acquisitions militaires, présidé par le nouveau ministre de la Défense Manohar Parrikar, nommé lors d’un remaniement ministériel en novembre. D’autres commandes de matériels pour l’armée de l’air et la marine ont également été approuvées.

Il s’agit d’une version avancée de cet avion à turbopropulseur, le PC-7 MkII, dont une première commande de 75 appareils est en cours de livraison. Celle-ci devait être achevée dans le courant de l’année. Le contrat, passé en 2012 pour un montant de 557 millions de francs, prévoyait une clause permettant à l’Inde d’acquérir une nouvelle série équivalant à 50% de la première commande aux mêmes conditions, soit 38 appareils, dans un délai de trois ans. Ce délai expire en mai prochain.

La commande d’avions d’entraînement de base était une priorité absolue pour l’Inde, la flotte du prédécesseur du PC-7 ayant été clouée au sol depuis 2009 à la suite d’une longue série d’accidents ayant provoqué la mort d’une vingtaine de pilotes. Vu l’urgence, l’Inde avait renoncé à négocier une construction sous licence et les 75 appareils sont fabriqués à Stans, ce qui, en principe, devrait aussi être le cas pour les machines supplémentaires.

La décision indienne, plusieurs fois retardée, s’inscrit dans une longue polémique entre l’armée de l’air et le gouvernement sur la construction d’un avion d’entraînement indigène, similaire au PC-7, le HAL (Hindustan Aeronautics, une entreprise à majorité publique) HTT-40 Turbo Trainer. Son premier prototype devrait, mais on peut en douter, voler cette année encore. Les militaires estiment qu’il coûterait trop cher, vu les frais de développement, que les délais de livraison seraient beaucoup trop longs et aléatoires, et qu’il ne serait pas judicieux d’avoir deux modèles différents en service.

HAL et ses partisans répondent notamment qu’il serait au contraire moins cher, compte tenu de la maintenance à long terme, que ses composants seraient très largement nationaux, et surtout qu’il n’aurait pas à subir les ­restrictions de la législation suisse, pouvant être armé sans restriction dans une version d’attaque et vendu à des alliés comme l’Afghanistan. HAL a d’ailleurs refusé l’idée de construire des PC-7 sous licence pour d’éventuelles commandes ultérieures.

Des accusations de corruption, de coûts fallacieux et sous-évalués, de taux de change de la roupie manipulés ou de responsabilités peu claires sur la maintenance ont fusé de toutes parts, visant aussi bien le PC-7 que le HTT-40. Le bras de fer s’est encore intensifié avec la nouvelle équipe au pouvoir à Delhi et son slogan «Make in India», opposé au «Buy Global» (acheter international), et Pilatus s’est retrouvé dans une situation en partie similaire à celle de Dassault pour la vente sans cesse reportée de son chasseur Rafale.

Du coup, l’annonce de ce week-end ressemble fort à un compromis. Car l’armée de l’air a chiffré ses besoins à 181 exemplaires, que Pilatus espérait bien remporter en totalité.

Mais, pour le moment en tout cas, le gouvernement Narendra Modi s’en tient au contrat de 2012 avec son option de commande additionnelle de 38 PC-7. HAL construira 68 HTT-40 indigènes pour compléter le nombre d’appareils requis. Pilatus, de son côté, confirme avoir pris note de la décision indienne, mais ne communiquera qu’une fois l’accord formellement signé, ce qui pourrait encore prendre du temps.

La commande d’avions d’entraînement de base était une priorité absolue pour l’Inde