Le budget indien présenté lundi devrait vraisemblablement être adopté par le parlement dans quelques semaines. Mais il fait l'objet de beaucoup de débats tant dans le pays qu'à l'étranger. Sur le plan intérieur, les fortes hausses des dépenses sociales, les allocations massives pour les victimes du tsunami, mais aussi pour les infrastructures et pour la défense sautent aux yeux. Les hommes d'affaires indiens saluent la poursuite des privatisations, la baisse d'impôts et la réduction des droits de douane à l'importation des produits industriels. En revanche, pour les capitaux étrangers, notamment pour le secteur financier, le budget 2005-2006 n'ouvre pas les portes aussi grandes que souhaité.

La libéralisation de l'économie indienne a commencé au début des années 90. Le processus s'est accéléré ces dernières années. Dans de nombreux secteurs – pharmacie, énergie, transports, tourisme –, les investisseurs étrangers sont désormais autorisés à prendre une participation majoritaire, voire à détenir le capital à eux seuls. La libéralisation du secteur financier devait logiquement constituer l'étape suivante. Le nouveau premier ministre Manmohan Singh, qui dirige la coalition gouvernementale issue des élections générales de mai 2004, avait promis d'aller dans ce sens.

Actuellement, pour opérer dans le pays, les banques et assurances étrangères doivent conclure des partenariats avec des entreprises indiennes. Leur participation au capital est limitée à 49%. Selon les nouvelles dispositions, elles seront autorisées à devenir le partenaire majoritaire dans les banques privées, jusqu'à 74%, les banques d'Etat restant l'apanage du pouvoir central ou régional. Une restriction de taille est toutefois maintenue: même si les capitaux étrangers sont majoritaires, leur droit de vote restera limité à 10%. Mais New Delhi promet l'égalité d'ici à 2009.

Pour la petite histoire, l'Inde, sous la direction du premier ministre socialiste Jawaharlal Nehru, avait nationalisé l'assurance vie en 1956. Sa fille Indira Gandhi avait suivi son père en ramenant les banques dans le giron de l'Etat en 1969.

«Un tel processus se fait pas à pas»

Les réactions aux propositions budgétaires ne se sont pas fait attendre. «Nous avions des projets d'expansion en Inde; nous les mettons en veilleuse», a protesté Romesh Sobti, vice-président d'ABN Amro en Inde, cité par The Financial Express de New Delhi. «Nous attendrons la publication de la liste des banques privées où des prises de participation majoritaire sont possibles. Elle déterminera notre stratégie», a déclaré au même quotidien Jaspal Bindra, directeur de Standard Chartered Bank.

Les réactions sont plus prudentes du côté de deux banques suisses. «La déréglementation de tout environnement économique est souhaitable. Nous constatons tout de même que l'Inde s'ouvre petit à petit pour être compatibles avec les règles de l'OMC», déclare Marc Dorsch, porte-parole de Credit Suisse. «Nous ne commentons pas les mesures budgétaires du jour. Mais pour nous, l'Inde est un marché d'avenir», dit pour sa part Christoph Meier de UBS. Même réponse chez Swiss Re, qui a déjà pignon sur rue en Inde. Un autre banquier zurichois relativise la lenteur indienne. «Nous sommes impressionnés par la détermination des gouvernements successifs à aller de l'avant. Un tel processus se fait pas à pas», explique-t-il.

En observateur privilégié, Jacques Derron, conseiller économique à l'ambassade suisse à New Delhi, estime que «les mesures annoncées sont favorables, mais prudentes». Selon lui, le gouvernement indien est convaincu de la nécessité des réformes. «Le ministre des Finances est toutefois obligé d'avancer lentement pour ne pas froisser les communistes, une force indispensable à la frêle coalition au pouvoir», fait-il remarquer.