Plusieurs dizaines de milliers des personnes ont manifesté lundi dans les grandes villes indiennes pour protester contre la démonétisation surprise lancée le 8 novembre dernier. A partir de cette date, les billets de banque de 500 roupies (7,40 francs) et 1000 roupies, soit 86% de la masse monétaire, ont été délestés de leur valeur.

Au départ, les détenteurs avaient la possibilité de les échanger contre de plus petites ou plus grandes coupures dans les banques jusqu’au 31 décembre 2016, mais ce délai a été terminé brusquement la semaine dernière. Objectif du gouvernement: réduire la marge de manœuvre des fraudeurs fiscaux. A ce jour, l’équivalent de 80 milliards de dollars (81,3 milliards de francs) d’argent en circulation a refait surface.

Enorme erreur de gestion

Pour les formations politiques d’opposition qui ont instigué les manifestations, le gouvernement n’a pas suffisamment préparé cette opération. Celle-ci touche physiquement 24 milliards de billets dans un pays où 90% des transactions s’effectuent en liquide. Effectivement, de longues files d’attente ont été constatées devant les banques et les distributeurs automatiques de billets.

La semaine dernière, l’ancien premier ministre indien Manmohan Singh, perçu comme le père de la libéralisation économique en Inde, a parlé d'«énorme erreur de gestion qui affectera durement la croissance». En effet, l’activité économique a été ralentie par manque de nouveaux billets. Résultat, la roupie indienne s’est dépréciée ces derniers jours.

Mais selon Deepak Lalwani, directeur du Lalcap, un fonds d’investissement spécialiste du marché indien, basé à Londres, les bénéfices à long terme de la démonétisation dépasseront rapidement les inconvénients à court terme.

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Pour le gouvernement indien, l’opération remporte un franc succès. Il se félicite aussi de faire rentrer l’énorme secteur informel dans le système bancaire. Pas plus de 1% de la population indienne (1,3 milliard de personnes) paie des impôts directs. Selon le fonds Lalcap, l’économie noire ou parallèle représente entre 20 et 50% du produit intérieur brut (PIB) indien. Dans le cadre de la démonétisation, chaque personne se présentant à un guichet de banque avec plus de 250 000 roupies se voit obligée d’expliquer la source de sa fortune.

Acte d’encouragement, New Delhi a annoncé lundi une amnistie fiscale à hauteur de 50% pour les fortunes non déclarées avant le 8 novembre. Les fraudeurs qui seront démasqués s’acquitteront d’une surcharge de 85%. Une partie de la manne provenant du marché noir sera consacrée à des projets éducatifs, sanitaires et d’infrastructure.

Economie parallèle

La démonétisation incite de nombreux riches Indiens à l’évasion fiscale. Pas plus tard que lundi, la brigade anti-fraude a confisqué la somme 40 millions de roupies en anciens billets dans une grande banque à New Delhi. Selon le Times of India de lundi, «la capitale indienne est devenue un paradis pour toutes sortes de fraudeurs fiscaux, notamment les grandes maisons de joaillerie qui agissent en complicité avec des banquiers».

Dans un commentaire publié lundi, HSBC Global Research basé à Hongkong affirme que le flux de liquidités qui refait surface profitera d’abord aux banques. En effet, ces dernières ont investi l’équivalent de 3,1 milliards de dollars ces dernières semaines dans les actions et obligations indiennes, attirant l’attention de la banque centrale indienne. Dès lors, la Reserve Bank of India leur a demandé de mettre une partie des liquidités en dépôts afin d’éviter une inflation injustifiée ainsi qu’une pénurie des obligations.