L’Inde ne cache pas sa préoccupation. On se souvient notamment des déclarations de son premier ministre lors du dernier sommet du G20: Manmohan Singh estimait que la crise de la zone euro était «devenue la principale source d’inquiétude pour l’économie mondiale». L’Inde y voit ses intérêts: la santé de ses liens financiers et commerciaux avec l’Europe, mais aussi la vitalité de son développement. Dans ce contexte, «les économistes et le gouvernement indiens mettent beaucoup d’espoir dans le prochain sommet européen», souligne l’économiste Prem Shankar Jha, auteur de plusieurs ouvrages.

Participant aux côtés de ses voisins asiatiques à la croissance mondiale, l’Inde démontre une résistance aux impacts de la crise européenne. Protégée par l’ampleur de son marché intérieur, l’Inde a maintenu un bon cap. Et, face à une Europe qui en a appelé au soutien des grands pays émergents, l’Inde s’est prise à y voir une preuve de sa «puissance», avec un certain triomphalisme.

La roupie chute

Cette confiance s’est traduite lors de l’annonce de son taux de croissance réduit à 7,7% en début d’année fiscale, quand le gouvernement a continué à clamer son objectif de 9% pour 2011-2012. Mais, aujourd’hui, l’Inde se sait plus vulnérable. Elle doit parer à son inflation et à l’immobilisme de son programme de réformes. Avec une envolée des taux d’intérêt, la roupie indienne a essuyé dernièrement des chutes record. «Le gouvernement estime que la baisse de la roupie, depuis fin août, est directement liée aux turbulences de l’euro et des marchés financiers, note Prem Shankar Jha. Il est clair que nous sommes touchés, mais je pense que les difficultés sont aussi liées à des problèmes internes.» Dans son dernier rapport, la Banque mondiale souligne aussi que les pays forts de leur marché intérieur, comme l’Inde, la Chine ou l’Indonésie, «ne pourront pas échapper» aux conséquences d’une dégradation de l’environnement extérieur. Et, dans une Inde qui doit gérer ses cruciaux besoins en matière d’infrastructures, d’emploi et de lutte contre la pauvreté, la croissance ne peut souffrir de «retomber».

L’Inde pourrait donc craindre la polarisation du FMI ou de la Banque mondiale sur l’Europe, au détriment de stratégies favorisant l’économie globale. Pourtant, «elle privilégie une aide à l’Europe par l’intermédiaire du FMI, dont elle attend un rôle décisif, ajoute Prem Shankar Jha. Avec la nécessité d’opérer une «dépolitisation» de la crise, et de superviser la Grèce, l’Italie ou l’Espagne.»

A plus long terme, les perspectives indiennes restent positives. La banque américaine Goldman Sachs la projette au troisième rang économique mondial en 2025.