L'Inde pourrait interdire le marché à terme de plusieurs produits alimentaires. C'est ce qu'a laissé entendre lundi son ministre des Finances Palaniappan Chidambaram dans le cadre de la conférence annuelle de la Banque asiatique de développement (BAD) qui a lieu à Madrid. «A tort ou à raison, la population pense que la spéculation fait grimper les prix. Nous ne pouvons pas ignorer ce sentiment», a-t-il déclaré.

Allié dans le gouvernement de coalition, le Parti communiste indien exige en réalité des mesures contre les spéculateurs responsables de la flambée des prix et de l'inflation. Sa demande concerne plusieurs produits dont l'huile et le sucre. Le gouvernement a banni le marché spéculatif du riz et du blé déjà l'an dernier.

«Une telle mesure ne fera pas descendre les prix, a déclaré Sharad Joshi, membre d'une commission chargée par le gouvernement d'étudier les conséquences des marchés à terme sur les prix des denrées alimentaires. L'Etat devrait prendre des mesures pour augmenter l'offre.» Cette commission n'a en effet pas recommandé la fermeture des marchés à terme. Pour le Fonds monétaire international (FMI), les denrées alimentaires ne font pas vraiment l'objet de spéculation. «Il n'y a pas de marché mondial, mais surtout des marchés nationaux ou régionaux, notamment en ce qui concerne le riz», explique Charles Collyns du Département de la recherche. Du reste, le FMI prévoit une baisse de prix du riz, du blé, du soja et du maïs dès la fin de cette année.

Par contre, selon Charles Collyns, le prix du pétrole qui a une forte incidence sur les prix agricoles est sans doute influencé par la spéculation. «Sinon, nous ne pourrions pas expliquer la hausse depuis le début de l'année alors que tout indique que l'économie mondiale tend vers un ralentissement», explique-t-il.

Deux milliards de personnes

Il n'empêche que la flambée des prix est une catastrophe pour au moins deux milliards de personnes survivant avec moins de deux dollars par jour. «Un milliard d'Asiatiques au pouvoir d'achat laminé sont menacés de faim et de malnutrition», a affirmé lundi Haruhiko Kuroda, président de la BAD.

Toujours lundi, des émeutes de la faim se sont poursuivies pour protester contre l'inflation, notamment au Nigeria et en Somalie. Au moins cinq personnes ont été tuées à Mogadiscio lorsque les forces de l'ordre ont tiré sur la foule.