CHIMIE

L'indépendance du Lonza Group en fait un excellent candidat au mariage

Suite à la fusion annoncée mercredi, Algroup se sépare de ses activités chimiques et énergétiques pour former Lonza Group, une société indépendante cotée à la Bourse suisse dès l'automne

Dans la fusion entre Algroup, Alcan et Pechiney, la logique industrielle a été respectée jusqu'au bout. En d'autres termes, en créant Lonza Group, une société indépendante regroupant les activités d'Algroup dans la chimie et l'énergie, les dirigeants de la compagnie ont pris la décision qui s'imposait. «Cette séparation va dans le bon sens, commente Stéphane Jacot, analyste auprès de Ferrier Lullin & Cie. Pour l'investisseur, cela signifie que l'achat du titre correspond à des opérations dans un secteur économique spécifique. Et pour l'entreprise, cela permet à son encadrement de concentrer ses efforts sur le développement d'activités cohérentes. La concentration à laquelle on assiste dans de nombreuses industries débouche d'ailleurs souvent sur ce type de mesures consistant à se séparer des départements qui ne font pas partie des activités de base.»

Mercredi Algroup ne disait pas autre chose: «La dynamique compétitive qui gouverne les marchés d'aujourd'hui se concentre clairement sur les notions de consolidation, de portée mondiale et de masse critique. Nous avons donc le devoir de créer les plates-formes stratégiques capables d'offrir à nos activités la latitude de croître dans un environnement industriel toujours plus ouvert sur le monde.» La scission, qui sera proposée lors d'une assemblée générale extraordinaire prévue pour l'automne prochain, sera réalisée de manière que les actionnaires d'Algroup aient droit à la même proportion de titres dans Lonza Group, proposés au prix de leur valeur nominale de 10 francs. Cette procédure, qui devrait rapporter quelque 65 millions de francs à Lonza, est censée limiter au minimum la charge financière pour les actionnaires existants.

Lonza n'a en effet guère besoin de fonds supplémentaires. Les dirigeants d'Algroup ont voulu que la nouvelle compagnie démarre sur son marché avec tous les atouts de son côté. C'est donc une compagnie libre de tout endettement et avec 400 millions de francs de liquidités qui sera cotée à la Bourse suisse dès la séparation entérinée. De plus, le groupe est très bien profilé dans la chimie fine et les spécialités, avec une rentabilité opérationnelle de près de 20% au premier semestre, et possède un excellent potentiel de rattrapage dans les intermédiaires et les additifs dont la marge opérationnelle a reculé de 9,9 à 5,5% ces six derniers mois. En d'autres termes, Lonza Group représente aujourd'hui une compagnie au chiffre d'affaires de plus de 2 milliards pour un résultat d'exploitation de 290 millions (13,5%), occupant 5600 personnes dans huit pays. Selon Sergio Marchionne, actuel patron d'Algroup qui reste certes au conseil d'administration du nouveau géant de l'aluminium en train de se former mais qui va surtout présider à la destinée du Lonza Group, «notre situation financière nous permettra d'appliquer une stratégie agressive d'acquisition tant pour étendre notre spectre technologique que pour élargir notre couverture du marché».

Les analystes ont unanimement salué la création du Lonza Group, une entité très bien profilée sur une niche du marché des spécialités chimiques. Ils tempèrent toutefois leur optimisme en évoquant la taille de la nouvelle société. «A l'heure actuelle, il y a beaucoup de mouvements dans cette industrie, notamment en Europe, explique Elisabeth von Werra, de Darier Hentsch & Cie. Et je ne pense pas que Lonza pourra longtemps rester en marge de ces concentrations. La compagnie est en effet suffisamment attractive pour attirer l'attention d'autres acteurs du marché. Elle se porterait d'ailleurs mieux si elle gagnait en importance.» D'aucuns ont d'ailleurs déjà émis l'hypothèse d'un mariage avec Ems-Chemie, un des principaux actionnaires d'Algroup avec 8,9% du capital. Une rumeur pourtant rapidement démentie par Martin Ebner, président du conseil.

En Valais, principal site de production de Lonza avec plus de 2500 employés, on a accueilli la nouvelle avec calme. «Notre nouvelle indépendance nous fait voir l'avenir avec optimisme, rapporte Stéphane Mischler, directeur de l'usine de Viège. Nous représentons une division qui a une bonne rentabilité et des opérations saines. De plus, nous sommes dans une excellente situation financière pour envisager notre développement.» Pour ce qui est de l'emploi, les mesures de restructuration décidées l'an dernier au sein d'Algroup ont déjà débouché sur une réduction de l'ordre de 200 postes de travail à Viège. Il ne devrait donc pas y avoir d'autres mesures douloureuses pour l'usine valaisanne du nouveau Lonza Group.

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