Le marasme économique n’a quasiment pas eu d’emprise sur son entreprise horlogère. Richard Mille, créateur de la marque éponyme haut de gamme ultra-esthétisante, exclusive, à la production limitée, mécanique et technique, a écoulé l’an passé 2500 montres, tout comme en 2009. Avec des ventes approchant les 100 millions de francs, contre 83 il y a deux ans. «Notre prix moyen a augmenté. Ce qui explique en parallèle la progression du chiffre d’affaires. Je ne suis absolument pas un obsédé de la croissance des volumes, mais de celle d’une progression perpétuelle de la qualité. Je poursuis mon chemin, à mon rythme.» C’est l’amour et la passion pour cette profession qui guident ce grand amateur de mécaniques, également automobiles. Rencontré dans le cadre du Salon international de la haute horlogerie (SIHH) à Genève, le patron et fondateur, ex-directeur commercial chez Matra Yema puis, durant près de cinq ans, responsable de la division horlogerie au sein de la maison Mauboussin, se lève soudain. Et s’empresse d’étreindre chaleureusement le visiteur qui vient d’arriver sur son stand. Felipe Massa, coureur de Formule 1 et ambassadeur de la marque, a l’air presque surpris par tant de spontanéité. Mais c’est peut-être parce qu’il souffre d’une grippe carabinée.

Ambassadeurs de renom

Retour à l’entretien. «Où en étais-je?». Cette année, sa marque fête ses dix ans. «Ah oui. Ça serait bien, 100 millions de ventes, non?» Avec les yeux pétillants de l’enfance toujours émerveillée, Richard Mille estime qu’une des clés de sa réussite est d’être conscient d’évoluer dans une branche magique. Mais aussi d’avoir un sens aigu de la relativité du caractère parfois dérisoire d’élaborer des montres. «Nous ne sauvons pas de vies mais offrons du rêve, du désir. C’est très important aussi»

Nouvelle interruption de la discussion, nouvelles effusions. Cette fois-ci avec le maître horloger François-Paul Journe, ami de longue date et véritable artisan de l’excellence de la mesure du temps.

Grâce à son indépendance, «ne devant rendre de comptes à personne», Richard Mille peut se lancer «la fleur au fusil» dans les projets créatifs «les plus fous». Comme celui de faire porter une montre sur les courts à Rafael Nadal. Un défi de taille, un casse-tête au niveau de la résistance au vu de la force de frappe du numéro un mondial de tennis. «Vous imaginez si le bracelet de la montre s’était cassé alors qu’il évoluait sur le central de Roland-Garros, en pleine finale devant des millions de téléspectateurs?» Depuis, la montre, de vingt grammes seulement, a fait un buzz mondial et l’offre n’arrive plus suivre la demande, malgré un prix d’un demi-million de francs l’unité. «Mais avant de finaliser le produit, Rafa en a cassé des montres…»

Projets de boutiques

Les ateliers de Richard Mille, soit la société Horométrie, sont installés dans la commune des Breuleux, dans les Franches-Montagnes jurassiennes. Ils emploient quelque 70 personnes. Richard Mille sera certainement amené à renforcer ses effectifs d’ici à la fin de l’année. Pour sa production, la marque fait appel à des fournisseurs, notamment Vaucher Manufacture (qui appartient à la Fondation de Famille Sandoz) ou encore Renaud & Papi (pôle recherche et développement d’Audemars Piguet) pour les mouvements. «Tout comme en Formule 1, il faut travailler avec les meilleurs spécialistes. Il est indispensable d’être transparent face au client. Malgré un certain degré d’intégration, nous ne faisons pas tout à l’interne.»

L’an passé, la marque a ouvert plusieurs boutiques en propre ou en franchise, pour un total à l’heure actuelle de douze. En 2011, Londres et peut-être Miami pourraient suivre. A terme, Richard Mille escompte avoir une vingtaine de points de vente estampillés de sa marque. Quant à la production, elle pourrait un jour monter à 4000 voire 5000 montres par an. «Mais jamais de produits purement commerciaux», déclare le vainqueur de l’Aiguille d’Or du Grand prix d’horlogerie de Genève en 2007.