Lorsque l’indice Dow Jones a atteint mercredi soir un nouveau sommet de 22 000 points, le président américain, Donald Trump, a twitté que «les bourses américaines étaient au plus haut niveau, contre 18 000 points le jour de mon élection il y a six mois. Ça va continuer à grimper. On y travaille. Mais la grande presse n’en parle que rarement.» En réalité, son élection a eu lieu il y a neuf mois et selon de nombreux commentateurs, la performance boursière est déconnectée de ce qui se passe à la Maison-Blanche. Le quotidien Wall Street Journal de jeudi ironise même: «Le Dow Jones ignore le feuilleton de seconde zone à Washington».

Selon Gero Jung, chef économiste de la banque Mirabaud à Genève, «il y a indéniablement eu un effet Trump au début de son mandat. Le président s’était engagé à investir 1000 milliards de dollars pour renouveler les infrastructures et à réformer la fiscalité des entreprises pour ramener le taux d’imposition de 39 à 20%, voire à 15%.» Après l’investiture présidentielle fin janvier, l’indice Dow Jones a atteint le palier de 21 000 points début mars. Depuis son élection, la hausse est de 20%.

Apple en exemple

«La tendance à la hausse se poursuit à ce jour, note Gero Jung. Mais elle est désormais portée par les bons résultats d’entreprises américaines, notamment dans le secteur technologique.» A titre d’exemple, le cours de l’action Apple a gagné 5% mercredi, une progression basée sur les bons résultats du trimestre écoulé et sur l’optimisme affiché pour les prochains mois.

Lire aussi: L’effet Trump sur les marchés: fake news

Sur le même registre, l’Economic Surprise Index publié par Citibank et qui mesure les bonnes ou mauvaises surprises en matière de nouvelles économiques s’est amélioré, passant de –80 points à –45 points. L’une des explications est que les résultats des sociétés, mais aussi les prévisions conjoncturelles, ont dépassé les attentes des analystes. L’indice S&P a connu la même évolution: 72% de ses champions ont dégagé des profits supérieurs aux sondages.

Reprise mondiale synchronisée

«La situation générale macroéconomique – croissance du produit intérieur brut, création d’emplois, commandes des biens et services – confirme la confiance élevée et annonce un bon début de troisième trimestre 2017», poursuit l’économiste de la banque Mirabaud. Il ajoute que la politique d’assouplissement monétaire de la Réserve fédérale porte aussi ses fruits et que la reprise est synchronisée avec l’économie mondiale. «Il s’agit bien d’un facteur de confiance qui se répercute sur le marché actions», explique-t-il.

Et encore: Les métaux industriels flambent sous l’effet Trump

La performance du Dow Jones est aussi liée à la monnaie américaine, qui s’est dépréciée de 5% depuis le début de l’année et de près de 12% par rapport à l’euro. «C’est définitivement une bonne nouvelle pour les entreprises exportatrices américaines», fait remarquer Gero Jung.

Risque de surchauffe

Jusqu’à quand l’embellie va-t-elle se poursuivre? «Au début de l’année, nous étions convaincus qu’il s’agissait d’un rallye solide et nous conseillions l’investissement dans le marché américain, explique l’économiste. A présent, nous avons un avis neutre, mais à long terme, à un horizon de deux à trois ans, nous voyons un risque de récession.» En premier, et paradoxalement selon lui, la promesse d’investissement du président Trump, si elle se concrétise, pourrait provoquer une surchauffe de l’économie américaine.

«C’est comme un bateau à vapeur se trouvant au milieu de l’océan et qui avance à son rythme de croisière, imagine Gero Jung. Si on ajoute du charbon, on risque de surchauffer et ralentir le moteur.» L’économiste de Mirabaud voit ce risque se matérialiser en 2018-2019. Dès lors, il prédit de fortes hausses du taux d’intérêt, en cas d’augmentations importantes des dépenses publiques dans une économie qui avance déjà à plein régime.