Place financière

L’industrialisation coûterait 30 à 40% des emplois bancaires suisses

Plusieurs changements structurels obligent les banques à industrialiser et automatiser leurs processus. Une étude du consultant Deloitte prévoit des économies de coûts potentielles de 20 à 30% pour les banques suisses

Les marges des banques suisses ont diminué de 21% entre 2010 et 2015, selon une étude sur l’industrialisation bancaire menée par Deloitte, en collaboration avec l’institut IFZ de la Haute Ecole de Lucerne, publiée mercredi. La place financière affronte de profonds changements structurels, réglementaires et technologiques. La pression s’accroît sur les instituts financiers. «Mais jusqu’ici les banques se sont limitées à des programmes d’économies tactiques», expliquent les auteurs. «Il est dorénavant indispensable d’accroître la flexibilité et l’efficience de la branche à travers une industrialisation», selon le consultant.

Deloitte définit l’industrialisation par l’élimination des redondances, la redéfinition de la chaîne de valeurs, l’automatisation des processus et la mise en lumière des résultats de chaque activité. «Il ne sera pas possible de maîtriser la pression sur les coûts sans industrialisation», poursuit Michael Eisenrauch, responsable des services du centre de compétences à la Banque Cantonale de Bâle.

Présentation de deux scénarios

Les auteurs, qui ont procédé à des sondages et à des entretiens avec des responsables de banques, à l’exception des deux grandes banques, dévoilent deux scénarios portant sur les conséquences de l’industrialisation bancaire. Le premier prend en compte l’industrialisation telle que la prévoient actuellement les banques. Il se traduit par des économies de 10 à 15% et une réduction de 12 à 18% des emplois à plein temps.

Le deuxième scénario prend pour hypothèse une «pleine industrialisation», c’est-à-dire l’utilisation complète de tous les leviers possibles en termes d’organisation, d’optimisation des sites, de simplification des services informatiques, de numérisation des processus et de leur robotisation, d’une rationalisation de la gamme de produits. Il se traduirait par une baisse des coûts de 20 à 30% et une réduction du nombre d’employés à plein temps de 30 à 40%, y compris à la suite des décisions d’externalisation.

Le secteur bancaire, selon les statistiques de l’Association suisse des banquiers, compte 169 000 emplois directs. «Les réductions d’emplois bancaires se traduiront toutefois par une augmentation significative des places de travail dans d’autres branches, notamment dans les sociétés dans lesquelles sont externalisés les différents services», explique Patrik Spiller, associé auprès de Deloitte en Suisse et coauteur de l’étude. L’industrialisation est un exercice non pas de restructuration mais de réorientation et d’efficience. «Les banques se concentreront sur le service aux clients et l’innovation», poursuit le consultant.

Le sondage de Deloitte montre d’ailleurs que l’externalisation ne se traduira pas par des délocalisations. Il est vrai que l’étude ne concerne pas les grandes banques internationales, précise l’auteur.

«Les banques de détail sont probablement les plus avancées dans le processus d’industrialisation. Mais les banques de gestion de fortune ont maintenant compris l’urgence de la situation», relève Patrik Spiller.

Un défi culturel majeur

Le sondage de Deloitte montre que le principal défi sera culturel: 100% des personnes interrogées pensent que la résistance au changement constituera le premier obstacle à surmonter. Près de 70% d’entre elles sont également d’avis que l’industrialisation se traduira par une accélération de l’innovation.

Le processus sera relativement rapide: 50% des sondés pensent que l’industrialisation sera en grande partie, ou complètement, accomplie en 2021. «L’économie de coûts doit atteindre au moins 25 à 30% pour que l’externalisation soit rentable», indique Michael Eisenrauch.


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