Surtaxes

L’industrie allemande dans l’incertitude

Le secteur automobile d’outre-Rhin craint de possibles surtaxes sur ses exportations aux Etats-Unis. Des experts appellent, eux, à baisser les droits de douane européens pour amadouer l’administration Trump

En Allemagne, le secteur automobile tire la sonnette d’alarme face à de possibles surtaxes américaines sur les importations de véhicules et pièces détachées. Les chiffres les plus alarmistes circulent. L’Institut pour l’économie mondiale (IfW de Kiel) estime que 1% de la richesse créée en Allemagne ainsi que 200 000 emplois sont liés aux exportations automobiles vers les Etats-Unis. Diverses expertises évaluent le coût d’une hausse des tarifs douaniers entre 5 et 7 milliards d’euros pour l’économie allemande.

Lire aussi: La surtaxe Trump inquiète les équipementiers suisses

Gabriel Felbermayr, de l’Institut Ifo de Munich, estime ainsi que les constructeurs et les équipementiers seront touchés à parts égales. «D’une manière générale, les effets seront négatifs surtout pour les plus petits équipementiers qui n’ont pas d’usine aux Etats-Unis et ne produisent pas sur place. Ils ne pourront pas se restructurer rapidement», explique cet expert en commerce international. «Pour ceux qui produisent sur place [BMW en Caroline du Sud, Mercedes en Alabama ou encore VW au Tennessee], les pertes pourraient être rééquilibrées par la nouvelle politique fiscale de Donald Trump, très avantageuse», ajoute Gabriel Felbermayr.

L’incertitude règne en tout cas, même parmi les équipementiers allemands les plus solides. Ainsi, le géant FZ, basé à Friedrichshafen, et le leader mondial Bosch estiment «ne pas pouvoir encore estimer les effets de telles mesures» sur leurs activités. Car s’ils exportent aux Etats-Unis, ils vendent aussi à l’étranger via leurs sites américains.

Audi le plus durement touché

Du côté des constructeurs aussi, l’incertitude est grande. Audi pourrait être le plus durement touché car le groupe d’Ingolstadt ne dispose d’aucun lieu de production sur le marché américain. Même chose pour Porsche, qui exporte 50 000 véhicules par an aux Etats-Unis. Toutefois, dans son cas, une hausse du prix pourrait ne pas poser de véritable problème à la clientèle américaine. Quant à BMW, Daimler et Volkswagen, ils se trouvent dans une situation contrastée. Ces trois géants ont produit l’an dernier 800 000 véhicules dans leurs usines américaines mais ont aussi exporté 494 000 véhicules sur ce même marché américain. Selon l’expert Ferdinand Dudenhöffer, une hausse des taxes entraînerait un manque à gagner de 10% pour BMW et Daimler et de 5% pour Volkswagen.

Face au danger, Bernhard Mattes, le puissant patron de la Fédération de l’industrie automobile (VDA), a changé de ton ces derniers jours. Il appelle les Européens à «baisser les taxes» pour éviter une guerre commerciale avec les Etats-Unis dans laquelle l’industrie allemande sortirait perdante. L’économiste Gabriel Felbermayr partage cette opinion. «Les tarifs douaniers entre les Etats-Unis et l’Union européenne ont été négociés pour la dernière fois en 1994. Ils sont de toute manière anachroniques», résume-t-il.

Publicité