Le 11 février, la Finlande a scellé l’achat de 64 avions de combat F-35 au spécialiste de l’armement américain Lockheed Martin. Montant de la transaction: 9,4 milliards de dollars (8,66 milliards de francs). «Même si le pays assure que le projet de renouveler sa flotte de chasseurs était prévu de longue date, l’annonce de l’achat de ces avions coïncide avec l’escalade des tensions entre la Russie et l’Ukraine», relevait alors Radio France internationale sur son site internet. Et de préciser que si la Finlande, qui partage 1300 kilomètres de frontières avec la Russie, n’est pas membre de l’OTAN, elle reste un partenaire de l’Alliance atlantique.

Ce vendredi, c’est le Département d’Etat américain qui a annoncé avoir approuvé la vente potentielle de 250 chars d’assaut Abrams à la Pologne, voisine de l’Ukraine. Le Congrès doit encore se prononcer sur ce contrat à 6 milliards de dollars, qui inclut aussi l’achat de «26 chars de dépannage, de centaines de mitrailleuses lourdes, d’équipements contre les mines et engins explosifs, des milliers de munitions et des équipements annexes», selon l’AFP. L’agence précise que «les principales entreprises bénéficiaires du contrat sont [l’américaine] General Dynamics et [la britannique] BAE Systems».

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Plus éloignée de ce conflit, l’Indonésie a indiqué jeudi avoir signé l’achat de six chasseurs Rafale, produits par le français Dassault Aviation, alors que les tensions en Asie-Pacifique s’intensifient entre la Chine et les Etats-Unis. Cet achat constitue la première étape d’un contrat à 8 milliards de dollars, portant sur l’achat de 42 appareils. En parallèle, les Etats-Unis ont approuvé la vente de 36 F-35 au plus grand pays du Sud-Est asiatique, pour 14 milliards de dollars.

Les spécialistes de la défense surperforment

Le même jour se tenait dans la capitale Jakarta le volet financier du G20. Dans son discours d’ouverture, le président indonésien Joko Widodo a mentionné l’Ukraine, avertissant «qu’un conflit dans [ce pays] pourrait menacer la reprise mondiale», selon l’agence économique AWP. Il a par ailleurs appelé les pays du G20, dont la Russie, les Etats-Unis et la Chine, à «la synergie et la collaboration» pour aider au redressement économique. «Toutes les parties doivent cesser les rivalités et les tensions», a-t-il insisté.

Entre le 10 novembre 2021 – date à laquelle Washington a demandé des explications à la Russie concernant des mouvements de troupes inhabituels à la frontière ukrainienne – et ce vendredi, les principaux indices boursiers affichent pratiquement tous un repli plus ou moins marqué. Aux Etats-Unis, le S&P 500 a perdu 7,2% et le Dow Jones 6,2%. Le Nikkei 225 a reculé de 7,4% au Japon, tandis qu’en France, le CAC 40 présente une baisse de 1,6%. Faisant figure d’exception, l’indice FTSE 100 de la bourse de Londres affiche une croissance de 3,3%.

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Mais face à cette dégradation quasi généralisée des marchés, également affectés par la vague du variant Omicron, les entreprises spécialisées dans la défense ont dans le même temps surperformé. Le titre de Lockheed Martin affichait vendredi une progression de 14,3% par rapport au 10 novembre. La hausse était de 6,4% chez General Dynamics, de 4,8% chez BAE Systems, tandis que Dassault Aviation décollait de 20,4%. La tendance s’observe aussi chez d’autres sociétés américaines actives dans ce secteur, comme Raytheon Technologies (+3,5%) ou Northrop Grumman (+7,3%).

Un secteur appelé à croître

«L’environnement de menaces accrues est susceptible d’exercer une pression à la hausse sur les perspectives de dépenses de défense des membres de l’OTAN, même en l’absence d’invasion russe. Cela profiterait clairement aux fournisseurs de défense européens et américains», déclaraient jeudi les analystes de la banque allemande Berenberg à l’agence Reuters.

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Selon l’étude «Perspectives de l’industrie aérospatiale et de la défense 2022» du cabinet international Deloitte, les dépenses militaires mondiales ont atteint 1980 milliards de dollars en 2020. Ce chiffre se base sur les dernières données publiées par l’Insitut international de recherche pour la paix de Stockholm. Elles devraient augmenter d’environ 2,5% cette année, «les principales puissances mondiales continuant à renforcer leurs forces militaires en réponse aux tensions géopolitiques.» Si l’issue politique du conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine est aujourd’hui plus qu’incertaine, ses vainqueurs économiques semblent déjà tout désignés.

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