La gestion d'actif n'échappe pas à la fièvre globale des fusions et acquisitions. «Parce que les gens ont confiance dans les économies d'échelles comme dans le potentiel de croissance du secteur», les opérations vont se multiplier, explique Beat Wittmann, responsable des produits financiers chez Clariden. La banque zurichoise organisait lundi à Genève un séminaire dédié à l'industrie.

De fait, après une année 2005 record, la dynamique de consolidation ne se dément pas. Depuis janvier, les acquisitions dans le secteur ont visé des sociétés pesant pour 1000 milliards de dollars d'actifs sous gestion. Principale opération, l'union conclue en octobre entre les activités gestion d'actifs de Merrill Lynch et BlackRock pour former un titan pesant 1000 milliards de dollars. La Suisse n'est pas en marge de ce mouvement, a rappelé Brett Bastin, de la firme de conseil Gail Partner. Le rachat en février passé de Capital Management Advisor par EFG a fait suite à celui de Harcourt par Vontobel en décembre 2005 et, quelques mois auparavant, à la prise de contrôle par Julius Bär de SBC Wealth Management et de Gam.

Ces exemples illustrent le caractère essentiellement régional des opérations actuelles par opposition aux unions transcontinentales qui bourgeonnaient en 2000. Beaucoup d'entre elles répondent à des stratégies de «désengagement» de la part de groupes confrontés aux limites du modèle de conglomérat financier. La cession en 2005 par Citigroup de son pôle gestion à Legg Mason en a attesté. Cette tendance au désengagement explique que les transactions continuent de s'effectuer à des prix raisonnables. Selon Brett Bastin, les sociétés de gestion s'achètent aujourd'hui à dix fois leurs bénéfices bruts moins les dépenses non courantes («run rate Ebitda»), loin des multiples compris entre 12 et 15 de l'époque 2000-2001.

Par ailleurs, un nouvel élan dans le phénomène de concentration a été mis en lumière la semaine passée par la conclusion, coup sur coup, de trois opérations entre Morgan Stanley et des acteurs de l'alternatif. Dans ce cas, il s'agissait pour la banque américaine «de combler une zone de déficience alarmante (ndlr: dans l'alternatif) compte tenu de sa part de marché», et ce avec une double logique, souligne Brett Bastin. En rachetant la plateforme de hedge funds FrontPoint Partners, Morgan Stanley «étoffe ses capacités en interne». Et en prenant une participation minoritaire dans les hedge funds Avenue Capital et Lansdowne, elle «s'assure un accès aux stratégies de managers extérieurs».