On le sait, le diable se cache dans les détails. Encensé par Berne et par divers secteurs économiques, l’accord de libre-échange signé entre la Suisse et la Chine aurait de quoi laisser un goût amer à l’industrie des machines. Le message reste toutefois identique: il faut positiver car les avantages l’emportent largement sur les inconvénients, selon Swissmem.

Toutefois, de nombreuses familles de produits ne tireront aucun profit de ce texte. Plus concrètement, 44% du volume des machines-outils et 27% de celui des machines textiles fabriquées en Suisse ne bénéficieront d’aucune exonération tarifaire vers ce pays, a révélé Nicolas Stephan, responsable des questions douanières auprès de l’association Swissmem, dans le cadre d’un forum sur les accords de libre-échange qui s’est tenu vendredi à Lausanne. Le spécialiste a épluché le fameux document qui répertorie 2800 produits de son secteur (sur 8000 au total) concernés – ou pas – par le texte signé le 6 juillet dernier à Pékin.

L’expert tient toutefois à relativiser: «92% de nos produits, en valeur, ne paieront plus du tout de droits de douanes dans dix ans. Reste que, selon ses calculs, 12% des volumes de l’ensemble des produits de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) sont exclus de toute amélioration tarifaire, et les exportateurs suisses devront donc continuer de s’acquitter d’une taxe d’entrée de 9,1% en moyenne.

Déception des entreprises

Les catégories exclues ne pourront donc pas tirer profit de l’avantage concurrentiel de cet accord, le premier que la Chine a signé avec un pays européen. «La déconvenue est de taille. Il s’agit de protectionnisme», a témoigné un industriel présent hier lors du forum. Maigre consolation, les pièces détachées n’ont pas subi le veto chinois. La grogne est aussi perceptible au­près de Marc-Alain Affolter, patron de l’entreprise du même nom, basée à Malleray (BE). «C’est un handicap pour nous et pour nos clients. On devra vivre avec, mais cela ne facilitera pas notre expansion en Chine.»

Swissmem est conscient de ce problème. «On va se battre pour ces produits de niche. L’accord n’est pas gravé dans le marbre», espère Philippe Cordonier, responsable romand de Swissmem, qui souligne toutefois qu’infléchir les positions chinoises sera ardu. Il n’empêche, l’organisation continue de soutenir bec et ongles ce texte. «C’est bien plus positif que pas d’accord du tout.» Il est prévu qu’il entre en vigueur le 1er juin 2014 (première date possible), si les deux Chambres le ratifient, détaille Ralf Aeschbacher, de l’Administration fédéral des douanes (AFD) . A terme, 84% de l’ensemble des produits suisses devraient être exemptés de taxes, contre 99,7% pour les importations chinoises.