«La marche des affaires de l'industrie des machines a été hésitante au cours du premier semestre 2005. Les perspectives sont modérément positives.» Thomas Daum, directeur de Swissmem, dresse un bilan mitigé d'une branche regroupant un millier d'entreprises occupant 300 000 personnes.

Le secteur des machines, deuxième industrie d'exportation après la chimie, a connu trois ans de récession de 2001 à 2003 et perdu quelque 30 000 emplois. L'année 2004 fut celle de la reprise, marquée par une progression des ventes de 5,8%, à 75,4 milliards de francs, dont 78% réalisés à l'étranger.

Les entrées de commandes ont progressé de 7,1%, laissant augurer une bonne année 2005. Mais la reprise s'essouffle. Le chiffre d'affaires augmente de 3,3% au premier semestre 2005, mais diminue de 0,3% d'avril à juin. Les entrées de commandes, qui préfigurent l'évolution des affaires à six mois, régressent de 0,2% de janvier à fin juin, mais sont en hausse de 2,1% durant le second trimestre 2005.

Cette petite impulsion est principalement due aux partenaires étrangers. Le phénomène est particulièrement net si l'on considère l'évolution des chiffres d'affaires. Celui réalisé à l'étranger augmente de 0,4% d'avril à juin, alors que le montant des factures indigènes diminue de 2,1%.

«Le transfert industriel d'ouest en est est une réalité à ne plus ignorer», constate Johann Schneider-Ammann, président de Swissmem. L'industrie des machines considérerait comme une catastrophe un vote négatif le 25 septembre 2005. Le rejet de l'extension de la libre circulation des personnes aux pays de l'est européen nous priverait de relations commerciales en plein développement. «Il n'y a pas de libre circulation des marchandises sans libre circulation des personnes. Notre marché européen d'exportation est pratiquement notre deuxième marché indigène», explique l'entrepreneur bernois.

65% des 59 milliards de francs d'exportations de machines sont destinés à l'Europe. Les nouveaux pays de l'Union européenne sont des marchés porteurs. Au premier semestre 2005, la Slovaquie a augmenté son volume de commandes de 36,4%, la Hongrie de 14,4%, la République tchèque de 10,6%. Inversement, le flux vers la France s'est réduit de 3,4%, alors que celui vers l'Allemagne a progressé d'un modeste 5,8%. Johann Schneider-Ammann rappelle la forte interdépendance entre industrie d'exportation et industrie indigène. La société vaudoise Bobst recourt aux services de 1860 fournisseurs suisses et leur a commandé 170 millions de francs de marchandises en 2004. La filiale suisse de Siemens s'appuie sur 3700 fournisseurs locaux pour un volume de commandes de 1,4 milliard.

La stagnation des affaires entraîne une légère réduction des capacités d'utilisation du parc industriel. Le taux d'utilisation, descendu à 80% mi-2002, se situe aujourd'hui à 86,2%. Le chômage total touche 9300 personnes dans la branche, contre près de 11 000 à fin juin 2004. Le chômage partiel, également en diminution, concerne 1236 personnes et 84 entreprises.

Perspectives modérées

Swissmem juge «modérément positives» les perspectives pour l'ensemble de l'année 2005 grâce à la faible reprise des exportations. Les impulsions sont attendues du côté de la Chine, de l'Europe de l'Est et de l'Allemagne. «Mais l'augmentation de la concurrence entraîne une diminution des marges bénéficiaires», tempère Thomas Daum.