Il y a à peine six mois les exportations de machines textiles étaient tombées à leur point le plus bas depuis un quart de siècle. En une demi-année la tendance s'est pourtant complètement inversée. Au deuxième trimestre, les entrées de commandes ont progressé de 47% par rapport à la même période de l'an dernier. Pour l'ensemble de l'année, Philip Mosimann, patron de Sulzer Textil, estime que le chiffre d'affaires des entreprises de la branche devrait augmenter de 20% à 30%. Durant le premier semestre, la progression des ventes a été particulièrement marquée en Asie avec plus de 77% de hausse.

Des marchés clés comme la Turquie et le Brésil sont également biens orientés. «Nous tournons à plein régime avec deux équipes, y compris le samedi», affirme Philip Mosimann. Il y a une année à peine l'entreprise de Winterthour supprimait pourtant 450 emplois. Des postes qui ne seront toutefois pas repourvus. «Nous n'engageons pas de main-d'œuvre fixe supplémentaire, mais nous rencontrons cependant des difficultés pour remplacer les départs naturels», explique Philip Mosimann. Grâce à l'annualisation du temps de travail, les horaires atteignent désormais 45 heures par semaine et, pour combler le manque de main-d'œuvre, 50 emplois à temps partiel ont été créés. Reste que les délais de livraison sont tout de même passés de trois à six mois. Une situation acceptable, mais qui risque encore de se détériorer puisque les sous-traitants ont également allongé leurs délais de livraison.

Reprise en Asie

Très cyclique, l'industrie textile profite plus que proportionnellement de l'amélioration que vit depuis quelques mois le secteur des machines. Mais, contrairement aux prévisions, la reprise dans la première branche d'exportation du pays s'avère bien plus vigoureuse que prévu. Durant le premier semestre, les entrées de commandes ont ainsi progressé de 18,6% (Suisse: +37,1, étranger: +15,5%) par rapport à la même période de 1999. Pour Thomas Daum, directeur de Swissmem, l'organisation faîtière de l'industrie des machines, «la croissance spectaculaire des commandes domestiques est un indice du renforcement de l'économie nationale». Sur les six premiers mois de l'année, la progression des chiffres d'affaires atteint 7,9%. Dopées par la reprise, les exportations de marchandises effectuées par les entreprises de la branche ont également fait un bond significatif puisqu'elles atteignent un volume de 28,4 milliards de francs, ce qui représente une augmentation de 13,8%. La plus forte croissance a été enregistrée en Asie (+29,3%). Dans les pays de l'Union européenne, l'augmentation des ventes (+11%) reste encore au-dessous de la moyenne mondiale, mais poursuit une phase ascendante, contrairement aux Etats-Unis (+11,2%), qui semblent entrer dans une phase de ralentissement. «Il se peut que d'ici un à deux ans l'économie américaine ralentisse sa croissance, marquant ainsi la fin d'une décennie de haute conjoncture», remarque Thomas Daum.

Pour les responsables de Swissmem, tout porte à croire que la phase de croissance se maintiendra jusqu'au début de l'an prochain. Pour l'ensemble de l'an 2000, l'augmentation des entrées de commandes devrait atteindre 10%. Les chiffres d'affaires ne progresseront pas dans la même proportion, bien que la hausse doive se situer tout de même entre 5 et 7%. Pour justifier leur optimisme, les responsables de Swissmem font deux constats. «D'une part, le marché intérieur évolue de manière extrêmement dynamique, d'autre part, l'ensemble de l'économie mondiale traverse une phase de croissance soutenue.»

Dans quelle mesure les salariés de la branche profiteront de cette embellie? «Les entreprises ne pourront en aucun cas accorder une augmentation généralisée des salaires de 3% à 4%, comme l'exige l'Union syndicale suisse, car on risquerait alors de compromettre la reprise», affirme Thomas Daum. Le patron de Swissmem privilégie donc une négociation à l'échelle des entreprises.