Pas de répit dans la flambée des cours pétroliers qui se sont rapprochés lundi encore un peu des records historiques atteints en octobre 2004. A Londres, sur l'International Petroleum Exchange (IPE) comme sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le marché est resté tendu, dopé par le froid des deux côtés de l'Atlantique. La météo annonce des températures très basses pour la saison durant les dix prochains jours, ce qui devrait pousser encore les prix vers le haut. Puis, la déclaration faite le même jour par un responsable de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) qu'aucune hausse de production n'était au programme, n'a fait qu'à attiser les tensions. Vendredi dernier d'ailleurs, l'homme fort du cartel, le ministre saoudien du pétrole Ali al-Nouaïmi, avait montré la couleur: «Là où se trouve le prix aujourd'hui, entre 40 et 50 dollars, c'est là où il restera probablement durant toute l'année 2005.»

La hausse des prix ne constitue pas une préoccupation majeure pour l'industrie pétrolière. Au contraire. Grâce à des cours élevés tout le long de 2004, les entreprises ont réalisé des bénéfices record. Pour l'heure, elles mènent un autre combat. Elles voudraient valoriser l'ensemble de leurs réserves dans leurs comptes annuels et donner ainsi un portrait plus réaliste d'elles-mêmes. En effet, elles demandent à la Securities and Exchange Commission (SEC), le chien garde de la Bourse de New York, de revoir sa méthode d'évaluation des réserves. Mise en place il y a vingt ans, celle-ci ne tient pas compte des avancées technologiques en matière de forage ou d'acheminement des puits jusqu'aux raffineries. «Les chiffres publiés ne reflètent pas le vrai potentiel des entreprises. Ils sont même trompeurs pour les investisseurs», fait comprendre l'industrie.

Une réforme difficile

Au fait, qu'est-ce qu'une réserve pétrolière? La question est pertinente puisqu'elle apparaît comme un bien dans le bilan de toute entreprise. La SEC n'y admet que les «réserves prouvées», c'est-à-dire en exploitation. Elle ne veut pas entendre parler de «réserves probables», des nappes identifiées dans des champs, mais qui ne sont pas en exploitation. Et encore moins des «réserves possibles». La méthode actuelle d'évaluation ignore également le pétrole hors des zones connues. A cet égard, l'industrie fait remarquer que les nouvelles nappes se trouvent de plus en plus dans les pays qui ne sont pas des producteurs traditionnels, mais ne sont pas reconnues comme des biens par la SEC. Tout comme celles qui sont découvertes dans les eaux profondes. «Les nouvelles technologies permettent pourtant des forages dans presque toutes les situations», met en avant une étude réalisée par Cambridge Energy Research Associates (CERA) et commanditée par les majors de l'industrie pétrolière.

Pour prouver le bien-fondé de leurs propos, les chercheurs de CERA avancent l'exemple du pétrole canadien exploité de façon rentable depuis quelques années. En grande quantité, il s'agit en réalité d'un pétrole bitumeux et qui nécessite un raffinage long, complexe et plus coûteux que le brut normal. «Cela n'est pas important au moment où son exploitation est rentable, disent-ils. C'est un bien et il devrait paraître comme tel dans les comptes des sociétés qui détiennent des concessions au Canada.» Mais la SEC ne veut pas en entendre parler.

Autre pomme de discorde: le prix auquel les réserves sont comptabilisées dans les comptes annuels est celui du 31 décembre. «C'est une aberration sans nom, protestent les chercheurs. Un événement vers cette date peut influencer les cours vers un extrême, sans qu'ils correspondent à la réalité pour le reste de l'année.» L'industrie propose d'évaluer les réserves en utilisant des cours moyens pour l'ensemble de l'année.