Horizon

L’industrie pharmaceutique et les géants du numérique ont intérêt à collaborer

Pour Sophie Kornowski, spécialiste des biotechs, l’intelligence artificielle a des capacités d’analyse qui permettent un ciblage précis des traitements en fonction des patients

Un médicament, c'est 2,3 milliards de francs d'investissement. Depuis la création de la molécule, en passant par toutes les étapes de la réglementation, jusqu'à sa commercialisation. «Les sociétés de biotechs produisent la moitié des molécules innovantes qui arrivent chaque année sur le marché», souligne Sophie Kornowski, de Gurnet Point Capital, un fonds d'investissement spécialisé dans la santé, fondé par Ernesto Bertarelli (ex-Serono) et dirigé par Christopher Viehbacher (ex-Sanofi).

300 sociétés

Devant les participants du quatrième Forum Horizon, organisé mardi par Le Temps au Campus biotech à Genève, cette ancienne cadre de Roche, où elle se chargeait des partenariats avec les biotechs, souligne le rôle clé joué par ces sociétés.

En Suisse, elles sont environ 300, qui génèrent un chiffre d’affaires cumulé de 3,79 milliards de francs (chiffres de 2017 compilés par le dernier «Swiss Biotech Report»). Soit une croissance de 14% sur un an. En termes de financement, elles ont levé avec plus de 1,6 milliard de capitaux levés, soit le double de 2016, et cinq fois plus qu’il y a dix ans.

Des traitements compatibles avec le patient

Cette croissance exponentielle est notamment lié à l'essor de la médecine personnalisée. «Une révolution», selon Sophie Kornowski, en ce qu'elle permet «une compatibilité du traitement, ciblé au niveau infinitésimal, avec le système immunitaire». Dans le cas du cancer – «une personne sur trois sera diagnostiquée de la maladie cette année» – cette approche ne permet pas de le guérir, mais de le réduire au statut de maladie chronique dans certains cas et non plus mortelle, souligne-t-elle.

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L'entrée des géants du numérique dans le secteur de la santé peut contribuer à ces recherches, selon Sophie Kornowski, qui préfère parler de partenariat que de concurrence. «Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) ont des capacités de traitement analytique des données que la pharma n'a pas», relève-t-elle. «Il existe par exemple des centaines de cancers du poumon différents, avec presque autant de traitements. L'intelligence artificielle peut venir en aide à l'oncologue en analysant la meilleure option en fonction du patient.»

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Les deux industries doivent travailler ensemble, conclut-elle: «Les pharmas doivent se mettre à niveau au plan numérique. Du côté des GAFA, il faut un débat éthique sur les données et leur utilisation.»

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