Pharma

L’industrie pharmaceutique promet plus de transparence

Les assurés réclament davantage d’informations sur les rapports financiers entre les fabricants de médicaments et les médecins, selon un sondage publié jeudi. La branche a promis, la semaine dernière, de publier ces données sur internet

Interpharma, le lobby pharmaceutique, a bien coordonné les choses. Une semaine avant la publication, jeudi, du sondage qu’il commande chaque année à l’institut gfs.bern et qui épingle les laboratoires sur la transparence, il a annoncé qu’à partir du 1er juillet 50 entreprises pharmaceutiques actives en Suisse diffuseront sur leur site internet les sommes versées à des professionnels de la santé (médecins, pharmaciens, hôpitaux, instituts de recherche) pour des prestations de service.

Sous le terme de prestations de services il faut notamment entendre les rémunérations pour des conférences, des conseils, la réalisation d’études cliniques ou non, et les invitations à des congrès médicaux. Il s’agit d’une extension d’un code de conduite établi en 2013, basé sur l’autorégulation et contrôlé par Scienceindustries, l’organisation faîtière regroupant les entreprises chimiques et pharmaceutiques.

Liste précise

La liste des montants versés aux acteurs de la santé par les pharmas doit être précise et, sauf exception, nominative. Autrement dit, le public pourra savoir combien, et pour quelle prestation, touche tel ou tel médecin de telle ou telle entreprise pharmaceutique.

«Cette initiative vise à renforcer la confiance du public dans les prestations et la recherche du secteur de la santé», souligne Interpharma.

Souvent critiquée il y a cinq ou dix ans pour ses cadeaux généreux et ses invitations au corps médical, tous frais payés, à des congrès dans les stations de ski en hiver et balnéaires en été sous prétexte de recherche et développement, l’industrie pharmaceutique a réagi. Le mouvement est venu des Etat-Unis, où des règles très strictes ont été introduites dès 2010.

L’opinion publique est cependant convaincue que les choses doivent s’améliorer. Réalisé auprès de 1210 personnes en mars dernier par gfs.bern, un sondage général sur le système suisse de santé aborde aussi la question des relations entre l’industrie pharmaceutique et les médecins. 78% des personnes interrogées demandent que les entreprises présentent en détail ce qu’elles paient aux médecins ou organismes, pour des exposés, des collaborations, ou des études.

Relations jugées utiles

La transparence est exigée sans que soit contestée l’utilité des relations qu’entretient l’industrie avec le corps médical. 88% des personnes interrogées estiment que la collaboration des médecins à la recherche pharmaceutique profite aux deux parties, et 80% admettent l’utilité des congrès médicaux pour un dialogue fructueux entre les laboratoires et les médecins sur les nouvelles thérapies. 74% jugent que le financement de la formation continue par l’industrie pharmaceutique ne pose pas de problème si celle-ci est réalisée en toute transparence. Mais 65% des sondés jugent que le financement de la formation continue par l’industrie influe sur la décision thérapeutique des médecins.

Dans la pratique, l’entreprise met en général à charge du participant un tiers des frais liés à l’invitation à un congrès. L’auteur d’une étude présentée lors de ces réunions obtient, lui, le remboursement de la totalité de ses frais.

Les invitations généreuses des conjoints, ou dans des hôtels de grand luxe, sont désormais clairement interdites par le code de conduite signé par 50 entreprises en Suisse. Les cadeaux directs, à Noël, sont aussi prohibés depuis l’été 2014, et le matériel publicitaire depuis un an. «Les entreprises pharmaceutiques ne sont pas autorisées à offrir, promettre, ou accorder des avantages indus, en l’occurrence des cadeaux en espèces ou en nature aux professionnels de la santé», précise le point 142 du code de conduite.

Repas à 150 francs

Sont toutefois admis, et donc non ouverts à la transparence, les rabais usuels accordés sur les livraisons de médicaments, le matériel didactique de faible valeur, les échantillons gratuits, et le défraiement de frais de repas jusqu’à 150 francs par personne.

Le respect du code repose sur l’autorégulation, même si Scienceindustries se réserve le droit de dénoncer les cas les plus graves à la justice si l’entreprise fautive ne modifie pas sa pratique après plusieurs avertissements.

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