L'industrie pharmaceutique a poussé un grand ouf de soulagement après la défaite de John Kerry. Son projet de laisser Medicare et Medicaid, les systèmes publics de santé, négocier l'achat des médicaments en gros, ce qui donnerait lieu à des économies de près d'un tiers des prix constituait une épée de Damoclès qui disparaît. Conséquence, en Europe comme aux Etats-Unis, la pharma a enregistré un rallye boursier, avec des hausses allant jusqu'à 7% pour certaines sociétés. Les suisses Novartis (+1,64%), Roche (+2,1%) et Serono (+0,54%) en ont profité.

«La pharma était l'un des secteurs parmi les plus sensibles aux résultats des élections, explique Philippe Lederrey, analyste à la banque Edmond de Rothschild. Avec John Kerry, elle redoutait une deuxième tentative, après celle du président Clinton, de réformer le système public de santé aux Etats-Unis.» Elle préfère en effet le statu quo. Medicare brasse 40 milliards de dollars par an. Ce budget passera à plus de 50 milliards dans quelques années, quand la génération du baby-boom arrivera à la retraite. Kerry a argué qu'en achetant les médicaments en gros, l'Etat économiserait au moins 17 milliards de dollars par année. Au grand dam de la pharma.

Ensuite, John Kerry avait clairement laissé entendre qu'il autoriserait, «dès les premières minutes de son élection», l'achat de médicaments de marque et génériques au Canada où les prix sont beaucoup moins élevés. La pharma américaine, qui règne sur un marché annuel de 200 milliards de dollars, n'a jamais aimé cette perspective.

Selon Philippe Lederrey, les titres des entreprises pharmaceutiques devraient poursuivre sur la tendance haussière. «Le secteur est sous-évalué et, avec la disparition de l'épée de Damoclès, les titres devraient enfin s'approcher de leur vraie valeur», conclut-il.