Les glaces Mövenpick ont ouvert la voie il y a deux ans, au moment où les prix des matières premières prenaient l'ascenseur. Elles étaient vendues dans des barquettes de 1 litre. Désormais, elles sont disponibles dans des barquettes de 0,9 litre. Le consommateur ne débourse pas un centime de moins.

Sur son site internet, le fabricant Nestlé ice-cream affirme que ce sont les amateurs de glaces qui ont réclamé une quantité moindre. Le porte-parole Philippe Oertlé ajoute que le prix était inchangé depuis des années et que le groupe a profité du changement de l'emballage pour faire un ajustement. Au lieu d'augmenter le prix, c'est la quantité qui a été diminuée.

Les glaces Mövenpick ne sont pas une exception. Pour faire face à la flambée des matières premières, l'industrie transfert la hausse sur le prix demandé au consommateur. Mais elle a aussi d'autres astuces: nouveaux emballages pour contenir une quantité réduite ou encore changement de recette qui requiert des ingrédients moins chers. Les produits alimentaires sont les premiers concernés. «Nous voyons les changements. Une bouteille de telle boisson ne contient que 1,4 litre, contre 1,5 litre auparavant, sans que le prix baisse, déclare Marcel Paolino, responsable du service Prix à l'Office fédéral de la statistique. Mais ce n'est pas à nous de dénoncer ou de juger. Les entreprises nous fournissent les détails de 50000 produits, ce qui nous permet de calculer l'indice mensuel des prix. Et nous ne sommes pas une organisation de consommateurs.»

Lutte contre l'obésité

Au début de l'année, la Fédération romande des consommateurs a été interpellée de nombreuses fois à ce sujet. «On nous a fait remarquer que tel ou tel produit a changé de poids ou en contenu», explique une responsable. L'exemple du dessert de la marque Tam-tam ressort du lot. Le pot ne pèse plus que 100 grammes contre 125 auparavant. «On nous a expliqué que la réduction du poids participait de la lutte contre l'obésité», se souvient-elle. Elle rappelle aussi que de nombreux fabricants ont remplacé le sucre par des édulcorants ou de la graisse animale par de la graisse végétale pour augmenter leurs marges.

Le mois dernier, le Blick a fait de ce sujet l'une de ses causes majeures et a donné la voix à des lecteurs avertis: une boîte de maïs avec 10 grammes en moins, mais 10 centimes plus chère; suppression de la soupe dans le menu du jour d'un restaurant; bougies plus petites au même prix; 50 feuilles au lieu de 75 sur un rouleau de papier WC...

La pratique est la même à l'étranger et les associations de défense de droits des consommateurs commencent à s'y intéresser de plus près. «Certains industriels réduisent le poids de leurs produits ou modifient la composition des ingrédients en remplaçant les matières nobles par d'autres moins chères», affirme la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes en France.

La semaine passée, le Wall Street Journal a publié une enquête sous le titre «L'industrie alimentaire modifie les recettes pour grossir ses profits». Le quotidien donne plusieurs exemples d'entreprises qui utilisent des matières premières de remplacement pour économiser dans les coûts de production. Exemples: Hershey utilise davantage de graisse végétale au lieu de la graisse de cacao dans le chocolat; Mc Cormick vend l'origan en provenance de Mexique contre celui plus parfumé et plus cher d'Italie... Le quotidien avance aussi que Mars, fabricant de M & M et de Snikers, augmente les prix tout en réduisant le poids de deux chocolats.

Consommateur informé

Retour en Suisse. Marcel Paolino estime qu'il n'y a pas de tromperie. Selon lui, les informations essentielles sont indiquées sur les produits et le consommateur a le choix d'acheter des produits alternatifs. Philippe Oertlé, de Nestlé Suisse, abonde dans le même sens: «Quelle que soit sa stratégie pour s'adapter à la hausse des matières premières, chaque fabricant a l'obligation d'en informer le consommateur.»