Ecologie

L'industrie suisse veut rénover l'image de l'usine fumante

Cette année, près de 4000 entreprises suisses ont économisé 550 millions de francs, a revendiqué l’Agence de l’énergie pour l’économie jeudi à Aigle. Histoire de souligner que l’écologie peut être rentable

«Nous n’avons pas eu besoin d’attendre les fonctionnaires dix ans.» Le ton est revendicateur du côté de l’Agence de l’énergie pour l’économie (Aenec). A l’occasion de son Forum annuel sur l’efficience énergétique, l’organisme privé présentait jeudi à Aigle les mesures prises par les entreprises, qui ont notamment permis de diminuer la facture énergétique des bâtiments de 20% depuis 1990.

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Pour son porte-parole, Jean-Luc Renck, l’usine polluante, tournant 24 heures sur 24 tous feux allumés – première cible de l’écologie post-Protocole de Kyoto – est un «mythe» tenace. «L’idée que l’économie puisse absorber trois quarts de l’énergie en Suisse est un oreiller de paresse. Elle en absorbe un tiers, comme les citoyens lambda ou le secteur des services et des transports!»

Convaincre l’ingénieur ou le curateur du zoo

Dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050, adoptée par votation en mai 2017, l’Aenec et sa centaine de conseillers veulent aussi convaincre qu’ils peuvent aider les entreprises à dépasser les objectifs énergétiques fixés par la Confédération. Tout en assurant un retour sur investissement dans les quatre à huit ans, notamment grâce au système de remboursement de la taxe CO2 pour les bons élèves. Montant économisé en 2017? Un demi-milliard de francs, selon l’Aenec.

L’organisation, financée à 93% par le privé, a accompagné près de 4000 entreprises dans leurs démarches visant à limiter les pertes de chaleur, remplacer les machines les plus gourmandes en énergie ou même affiner la gestion de la climatisation de leurs usines. Et ce même s’il faut parfois «se confronter à l’ingénieur qui a conçu l’installation», soutien Jean-Luc Renck. L’ancien journaliste scientifique mentionne la division par deux de la consommation énergétique chez Breitling Chronométrie à La Chaux-de-Fonds, mais aussi les efforts du Zoo de Zurich en matière d’illumination et de chauffage.

Le «tabou» de la mobilité

L’économie suisse est déjà bon élève, assure-t-on du côté de l’organisme. Son industrie présenterait même l’intensité énergétique la plus faible d’Europe, et le modèle Aenec a suscité l’intérêt de l’Allemagne, du Mexique et de la Chine. Cette dernière a mis en place un programme pilote plus large que la politique énergétique suisse, assure le directeur intérimaire de l’Aenec, Rochus Burtscher.

S’il existe un «modèle suisse» à exporter, c’est celui de la taxe au CO2, convient le conseiller national Roger Nordmann. Spécialiste des questions environnementales, le socialiste vaudois était à Aigle pour convaincre les patrons que du chemin peut encore être parcouru, en misant notamment sur des projets de compensation de CO2, financés par la taxe à la pompe. Soit une manne de plusieurs centaines de millions de francs par an.

Pour financer un investissement permettant d’éviter annuellement de brûler mille litres de mazout sur 20 ans, il estime que le mécanisme de compensation CO2 peut contribuer à hauteur de 6000 francs. De quoi financer une station de recharge pour véhicules électriques devant une PME. Car, pour Roger Nordmann comme pour l’Aenec, la pression sur le secteur de la mobilité reste «taboue». Au risque d’anéantir les accomplissements obtenus dans le bâtiment. Selon le politicien: «Il faudra bien se rendre compte un jour qu’on ne peut pas continuer à prendre l’avion comme on prend un bus.»

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