L'optimisme aura été de courte durée. «Le bilan de l'industrie textile et de l'habillement apparaît globalement insatisfaisant pour 1998», a indiqué mardi Rolf Langenegger, de la Fédération textile suisse (FTS). L'industrie textile et de l'habillement avait pourtant bien débuté l'année 1998. Fortement dépendante des exportations, elle s'est vue ensuite confrontée à un affaiblissement de la demande à l'étranger comme sur le marché intérieur. Les conséquences: une chute des commandes, un recul de la production nationale et une quasi-stagnation des ventes. L'an dernier, celles-ci ont atteint 4,4 milliards de francs (+1,6%), dont 2,8 milliards (+2%) pour le textile et 1,6 milliard (+1%) pour l'habillement. Les exportations ont atteint 3,8 milliards de francs, ce qui représente une augmentation de 1,6% qualifiée d'insignifiante par Rolf Langenegger. L'Union européenne est restée le meilleur client de l'industrie textile suisse absorbant 75% des exportations, devant l'Amérique (9%) et l'Asie (8%). Quant aux importations, elles ont également légèrement augmenté (+2,7%) à 7,6 milliards de francs.

L'an dernier, à la même époque, le président de la FTS indiquait pourtant que le textile suisse, après sept ans de marasme, était enfin sorti de la crise. En 1997, les ventes à l'étranger avaient progressé de 7,6%, les dirigeants affichaient un bel optimisme, mais le président voyait dans la crise asiatique un risque potentiel à court terme. Il ne croyait pas si bien dire. Ses craintes vis-à-vis de l'Asie se sont réalisées. D'autres facteurs ont également pesé sur le secteur: les surcapacités mondiales, la saturation des principaux marchés, la concurrence des pays à bas salaires, la pression sur les prix.

Baisse des effectifs

Seuls quelques secteurs ont réussi à sortir leur épingle du jeu. Les articles brodés ont ainsi enregistré une augmentation de 25,4% des ventes. Ils ont bénéficié de l'engouement généralisé pour les dessous à dentelles et brodés. Autre domaine qui affiche une bonne santé: les textiles techniques (vêtements sportifs, tapis d'avions, etc.). C'est actuellement dans ces secteurs high-tech que quelques entreprises suisses s'illustrent. La firme saint-galloise Schoeller, par exemple, vient de lancer un tissu régulateur de température. Cette nouvelle technologie, issue de l'aérospatiale, permet de maintenir dans un gant ou une veste de ski une température constante. A l'opposé, ce sont les textiles filés qui ont subi le plus fort recul (-10,6%). Ces derniers sont de plus en plus fabriqués à l'étranger car les coûts de production y sont beaucoup plus faibles qu'en Suisse. Après les pays d'Europe de l'Est (Hongrie, Pologne, République tchèque), ce sont désormais le Maroc et la Tunisie qui ont la cote.

Ces délocalisations et la hausse de la productivité se sont traduites l'an dernier par une nouvelle baisse des effectifs dans l'industrie du textile et de la confection. A fin 1998, elle n'employait plus que 27 700 personnes (-4%). Depuis le début des années 90, ce sont ainsi près de 20 000 postes qui ont disparu en Suisse. La pression sur les prix et la nécessité d'économiser devraient provoquer de nouvelles suppressions d'emplois, prédit Rolf Langenegger. Ses prévisions pour 1999? «Les perspectives apparaissent réservées pour l'industrie textile dans son ensemble, et légèrement optimistes pour le secteur de l'habillement.»